L'AUTORITÉ DU CHRIST EST-ELLE LÉGITIME ?
Sg 4, 7-17 ; Mc 11, 27-33
(18 juin 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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I |
ls s'y mettent à plusieurs, les grands-prêtres, les scribes, les pharisiens, autrement dit, toute la hiérarchie du temple, tout le tralala ecclésiastique se déplace pour poser une question à Jésus : "Par quelle autorité fais-tu cela ?" Le "cela "étant qu'il va et vient dans le temple et que certainement il enseigne fait des guérisons. On pose cette question, et ce n'est pas simplement par intérêt personnel, mais comme souvent, et là ils sont nombreux, ils veulent coincer Jésus.
Jésus ne se laisse jamais avoir. Vous avez remarqué dans l'évangile, souvent quand on lui pose une question il répond par une autre question. Ou bien, c'est le cas ici, il répond par une autre question, ou bien, il dit une chose qui déstabilise complètement ceux qui posent la question. Rappelez-vous la femme prise en flagrant délit d'adultère : "Doit-on ou non la lapider ?" Jésus ne répond pas oui ou non, comme ici il ne répond pas directement à la question, il dit : "Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre". Il sait que s'il dit oui, il ne dit rien de plus que ce que dit la Loi, donc pas la peine de le suivre, s'il répond non il s'oppose à la Loi de Dieu et donc il faut le lapider.
Ici, la question ne concerne plus un adultère, mais elle n'est pas anodine, car elle porte sur l'autorité. On le sait, en Israël ceux qui ont l'autorité, ce n'est pas le roi, mais le clergé, toute la hiérarchie religieuse qui gravite autour du temple : les prêtres, les scribes, les pharisiens, ceux qui interprètent la Loi, ceux qui la connaissent, ceux qui obligent à vivre les préceptes, ceux qui discernent et ceux qui décident, car en somme, même le roi n'est pas au-dessus de la Loi divine. Ils sont donc les seuls à être les garants de l'autorité. En se réclamant directement de la Loi de Dieu, leur autorité est absolument légitime. C'est souvent le grand problème du pouvoir : quelle est la légitimité de l'exercice de tel ou tel pouvoir ? Si par exemple dans notre démocratie française nous avons tant de problème pour ou contre le président de la République, c'est parce qu'on cherchera toujours à savoir ce qui va légitimer le fait que le président puisse prendre telle ou telle décision. Bien sûr il tient sa légitimité du peuple, puisqu'on est dans un régime démocratique, mais quand il est élu par la moitié du peuple, cette légitimité baisse. Si le président devient de plus en plus impopulaire, forcément son autorité et ses décisions sont de moins en moins légitimes. Or, il n'y a que le système qui se réclame de Dieu qui semble avoir une légitimité parfaite, c'est d'ailleurs pour cette raison que encore aujourd'hui, il n'y a plus que le roi ou la reine d'Angleterre qui soit sacré dans une célébration religieuse avec du saint chrème pour marquer la légitimité de la royauté britannique qui ne tient pas son pouvoir du peuple, mais qui vient directement de Dieu, même si son pouvoir a été réduit simplement à aller inaugurer des expositions de chrysanthèmes. Normalement, on ne touche pas au sacré.
Il y a toute une fonction symbolique du pouvoir et donc de l'autorité qui pose toujours la question de la légitimité. Vous comprenez bien que si tout le clergé du temple vient poser cette question à Jésus : "Par quelle autorité fais-tu cela ?", ils posent bien sûr la question de la légitimité. Ceux qui lisent la Loi, ceux qui l'interprètent, ceux qui font vivre normalement de cette Loi de Dieu, n'auraient pas eu besoin de poser la question. La légitimité de l'action de Jésus est évidente. Nul homme ne peut faire telle chose, dira-t-on dans l'évangile s'il n'est pas de Dieu. Nul homme ne peut parler avec autorité s'il n'est pas l'envoyé du Seigneur, donc il est évident que Jésus n'a pas besoin d'artifices autocratiques ou d'un quelconque pouvoir, ni même d'abuser les esprits pour agir naturellement avec autorité, car il est bien le Fils de Dieu. Cette autorité il va la manifester avec tellement d'éclat que lorsque le soldat l'aura vu mort sur la croix, il dira : "Celui-ci était vraiment Fils de Dieu". La légitimité de Jésus est non pas de rester extérieure au pouvoir qu'il a mais c'est d'habiter ce pouvoir. Ce pouvoir, c'est celui de sa propre vie, c'est celui de son propre amour. C'est pourquoi la phrase qu'on entend dans l'évangile est si capitale lorsque Jésus dit : "Ma vie, nul ne la prend mais c'est moi qui la donne". Il exerce par là la plus belle et la plus grande des autorités, car celui qui est maître de la vie c'est toujours Dieu et en manifestant ultimement cet acte d'autorité en donnant sa vie pour les hommes, il en montre aussi toute la légitimité. Il est réellement le Fils de Dieu.
AMEN