LE CERCLE ET LE MOUVEMENT

Gn 48, 13-20 ; Mc 7, 1-13

(10 février 2006)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

e titre du petit passage d’évangile que nous venons d’entendre, c’est : "discussions sur les traditions pharisaïques". Saint Marc prend même la peine d’expliquer ces traditions, l y a tout ce passage qui explique le lavage des cruches, le lavage des mains au retour du marché, le lavage des mains avant de se mettre à table. Il y a un réel besoin d’expliquer ces traditions qui se sont répandues dans le judaïsme au temps de Jésus, et que Jésus va combattre. Jésus ne fait pas d’anti-judaïsme primaire. Jésus est juif, et juif pratiquant, donc il ne faudrait pas imaginer quelque chose qui n’a pas lieu d’être.

Jésus rompt un attachement excessif à la tradition, et il va le rompre avec la Parole de Dieu, cette Parole de Dieu qui a été aussi portée par la tradition. Mais la parole de Dieu est la mesure de toute tradition, elle est au-delà de toute tradition, elle donne tout son sens à la tradition. Jésus reprend le passage d’Isaïe, pour reprendre en quelque sorte ce qui est figé, pour retrouver la véritable obéissance aux commandements de Dieu et la véritable obéissance aux prophètes.

En même temps, je crois que pour essayer de comprendre comment la religion peut être aussi l’occasion de tartufferie, il faut savoir qu’il y a deux grandes manières de vivre la spiritualité. Il y a la spiritualité du cercle, et la spiritualité du mouvement. La spiritualité du cercle, c’est une certaine manière d’envisager la religion comme quelque chose qui repose sur les traditions très fortes, qui est aussi d’une manière particulière l’attention portée au moment, à l’instant. Voyez comment cette tradition rythme tous les moments de la vie de ces pharisiens. La spiritualité du cercle, ce serait la spiritualité de Nazareth, qui a ses qualités, cette attention à l’instant, aux petites choses, cette attention aux liens entre les personnes. Mais on voit que cette spiritualité du cercle a aussi des inconvénients majeurs, comme celui du risque d’enfermement.

A l’inverse, la spiritualité du mouvement, c’est la spiritualité par exemple d’un saint Paul, d’un apôtre, une spiritualité qui est tendue vers l’avenir, tendue vers l’espérance, quelque chose qui pousse en avant. On voit que cela a des qualités, effectivement, l’élargissement de notre acte de spiritualité, de notre foi, l’élargissement de la religion. Et en même temps, le risque, c’est de passer à côté de l’instant, de passer à côté des relations interpersonnelles, au nom justement d’un goût prononcé pour l’avenir et le mouvement.

Jésus, dans ce texte, va vouloir rompre une spiritualité du cercle qui serait refermée sur elle-même, comme nous, quelquefois, notre spiritualité nous referme sur nous-mêmes, précisément avec la Parole de Dieu. La Parole de Dieu est là pour juger en quelque sorte, les deux manières à envisager, parce que la Parole de Dieu est à la fois intimité, proximité, et en même temps, elle nous pousse en avant. La Parole de Dieu est là pour nouer les deux manières de faire, car la Parole de Dieu n’est ni dans l’enfermement, ni dans la fuite en avant. La Parole de Dieu est là pour cette attention très grande à l’instant, aux personnes qui nous entourent, et en même temps, les apôtres sont partis à cause de la seule Parole de Dieu.

Je crois que c’est ce qu’il faudrait retenir, c’est que lorsque notre vie spirituelle est soit fuite en avant, soit au contraire, repliement sur nous-mêmes, il faudrait peut-être à ce moment-là, reprendre la Parole comme le trésor, comme quelque chose qui est là pour à la fois nous pousser en avant dans une très grande fidélité, et à la fois dans une grande intimité. Jaugeons à la lumière de cette Parole, comme le Christ nous a invités à le faire.

 

AMEN