LA LONGUE PATIENCE DE DIEU

2 P 3, 8-13 ; Mc 8, 22-26

(4 juin 2005)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

P

armi les multiples causes de souffrance qui peuvent nous atteindre, il en est une qui est très moderne, c'est l'impatience. Nous faisons souvent le procès de la société dite de consommation que l'on critique tout le temps, mais dans laquelle on est bien content d'être tout de même, c'est ce procès du "tout, tout de suite". C'est le règne du paiement à crédit, c'est le règne de l'immédiateté. Une attitude de patience est devenue difficile à réaliser pour beaucoup de nos contemporains. Refuser ainsi de conjoindre le désir et la satisfaction de ce désir, gérer le manque, gérer les difficultés du temps présent, vouloir qu'elles soient réglées tout de suite, voilà ce qui provoque chez beaucoup une réelle souffrance.

Les textes d'aujourd'hui veulent répondre à cette souffrance de l'impatience. Le premier texte que nous avons entendu est le rappel que pour Dieu, un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour. Il nous dit de manière assez humoristique que le plus patient entre Dieu et nous, c'est Dieu. Dieu est l'infini patient. Pourquoi ? Parce qu'Il patiente envers nous, Il prend son temps avec nous, Il ne nous brusque pas, Il est là, sans arrêt comme le père de l'enfant prodigue, Il guette le retour de son fils, de sa fille. Souvent, nous accusons Dieu de ne pas agir tout de suite, mais c'est qu'Il patiente envers nous, c'est qu'Il prend son temps avec nous. Lui qui a vécu déjà cette longue patience pour trouver cette jeune fille d'Israël en qui son Fils a pu s'incarner.

Patience aussi pour nos frères malades, parce que la maladie creuse cette dépendance, cette soif de guérison, parce qu'elle crée un manque très particulier, le manque de la santé, et vous savez comme moi que la santé est le bien le plus précieux, parole aussi adressée à nos frères malades ou à nous qui accompagnons les malades. Vous avez remarqué dans l'évangile que le Seigneur s'y prend à deux fois pour guérir. Une première fois, Il crache sur les yeux de l'aveugle, et l'aveugle ne voit pas clair, il voit des personnes, mais il les prend pour des arbres, donc la guérison n'est pas encore totale. L'aveugle va rentrer dans cette dimension de patience et le Seigneur dans sa miséricorde impose les mains à l'aveugle et finalement l'aveugle voit clair et même de loin. Donc, parole adressée à nos frères malades ou à nous qui les accompagnons parce que quand le Seigneur guérit, c'est rarement d'un seul coup, parce que le Seigneur prend aussi la patience de recréer le malade, de le reprendre, de retisser autour de lui ce nœud des relations, de reprendre en lui tout ce qui fait la consistance de sa personne.

Patience donc pour nos frères malades, et patience qui est recommandée à chacun d'entre nous. En fait, ce serait trop facile de se convertir un jour et de ne plus avoir à y revenir. Ce serait trop facile d'être ainsi tout de suite jeté dans l'horizon de la sainteté. Mais non, nous aussi nous devons recevoir cette patience de Dieu pour que nous soyons patients envers nous-mêmes. Parce que je crois que nous projetons sur Dieu l'impatience que nous avons par égard à nous-même. En fait, c'est nous qui sommes impatients de parvenir dans cet horizon de sainteté, c'est nous qui sommes impatients d'être parfaitement guéris, c'est nous qui sommes impatients de voir notre famille parfaitement convertie, et il nous faut cependant rentrer dans cette patience aussi, à l'égard de nous-mêmes, accueillir ce lent travail de Dieu, je dirais contempler le travail de Dieu dans nos vies, dans nos familles, auprès de nos malades, auprès de notre monde.

C'est peut-être cela que le Seigneur veut nous apprendre, rentrer en patience à l'égard de nous-mêmes.

 

 

AMEN