DIEU INTERVIENT DANS LE QUOTIDIEN DE NOTRE VIE
1 P 1, 1-12 ; Mc 4, 35-41
(17 mai 2005)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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e très long passage de la guérison du démoniaque gérasénien peut porter à sourire. Il court dans la fraternité une histoire où des suisses s'effrayaient de voir deux mille porcs tomber dans un lac quelle pollution, et quelle perte, quelle catastrophe écologique. On pourrait s'arrêter à un aspect assez superficiel de ce texte. Les exégètes pensant même parfois que cette insistance sur le nom du démon, par deux fois, qui s'appelle "légion" est une allusion tout simplement à la légion romaine suggérant la gravité du coup de l'envahissement du pays.
Mais je crois que ce texte connu, très souvent entendu, est un texte que l'on pourrait lire profondément, comme un texte baptismal, avec tout ce que comporte le baptême. Saint Marc prend le temps de décrire très longuement la situation de ce démoniaque. Il insiste lourdement pour dire qu'il habite la tombe, les tombeaux Il est donc dans la mort, il est certainement dans la plus grande des détresses. Il est en tout cas dans la nuit, cette nuit qui fait que le soir il crie et il se taillade. Ainsi il y a l'insistance que non seulement le lieu où il vit mais que la manière dont il agit sur lui, est une véritable auto-destruction. Insistance aussi sur le fait qu'il s'agit d'esprits impurs, il a vraiment besoin d'être purifié, d'être dépossédé.
C'est finalement la situation de tout être humain. L'humanité en général, mais chaque homme en particulier laissé à lui-même peut devenir l'instrument de sa propre destruction : dans la nuit, l'impureté, nous passerions peut-être encore notre temps à crier et à nous taillader. Là, il y a un véritable acte de foi, puisque cet homme possédé s'avance et se prosterne, comme lorsqu'on demande aux catéchumènes de se prosterner pour faire l'exorcisme. D'ailleurs, Jésus lui-même fait cet exorcisme. Il dit au diable : "Sors de là. Sors de cet homme esprit impur". Mais il y a aussi en même temps, confession, acte de foi : "Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu très-haut?" Même saint Pierre n'en a pas dit forcément mieux ou davantage. Ici, la confession de foi est parfaite, d'autant plus qu'elle reconnaît que Jésus agit : "Que me veux-tu ?" Jésus est capable de faire quelque chose, d'être finalement l'auteur du Salut, reconnaissance que Jésus va purifier cet homme.
Donc l'acte se passe. Comme par l'eau du baptême, le démoniaque est purifié. Comme pour le baptême, l'esprit impur est parti, le Salut s'est exercé. Il y a une véritable thématique pascale dans ce passage, puisque du chaos, de la nuit, du désordre, le démoniaque, et saint Marc y insiste, le démoniaque va se retrouver assis, vêtu (le vêtement du Salut) et dans son bon sens, avec dans sa vie désormais, l'appel à témoigner, à partir en mission. Il voudrait rester avec Jésus, et Jésus lui dit : "non, va chez toi auprès des tiens, et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi". Ce qui est très intéressant, c'est qu'on demande à Jésus de partir du pays, tandis que le démoniaque qui est guéri lui, dit tout ce que Jésus a fait pour lui, et tout le monde était dans l'étonnement et l'admiration. Le témoin, celui qui a été sauvé, devenu comme un autre "christ" est celui qui transmet le mieux la parole, l'acte de guérison, il devient comme une sorte de sacrement entre le Christ et la bonne nouvelle du Salut qu'il se doit d'annoncer.
Ainsi, il n'y a plus qu'une seule chose à souligner dans ce passage, c'est que s'il y a une certaine dramatique qui s'en dégage avec une grande ampleur, dans la description, le déroulement de cet acte de Salut, il y a l'insistance sur le fait que cela se passe dans l'ordinaire de la vie des gens. Finalement les habitants de la Décapole ont pris l'habitude de voir cet homme crier, se taillader, et là aussi saint Marc précise : "On a essayé de le lier plusieurs fois, mais à chaque fois, il se défait de ses liens". On a pris l'habitude, il est dans le mal, il est pécheur, il est impur, et certainement ce qui alerte parce qu'il s'est passé quelque chose, ce sont les gardiens des troupeaux de porcs, on comprendra qu'ils ne sont peut-être pas contents de voir disparaître leur gagne-pain. C'est peut-être la raison pour laquelle ils chassent Jésus ? Toujours est-il que cela veut dire que cela touche le quotidien des gens, c'est dans le travail que d'autres sont amenés à reconnaître l'acte qui s'est passé pour quelqu'un d'autre, parce que quelque part, cet événement a touché leur travail, leur quotidien.
Certainement que pour n'importe quel homme, pour chacun d'entre nous, ce qui est le plus difficile, c'est de laisser Dieu intervenir dans le quotidien.
AMEN