QU'EST-CE QUE LA FOI ?
1 R 8, 30+3 3-40 ; Mc 5, 21-43
(12 février 2004)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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a phrase miracle, la phrase slogan de l'évangile, la phrase impossible, c'est : "ta foi t'a sauvé." Que faut-il donc avoir pour être sauvé, et qu'apparemment on n'a pas puisqu'on n'est pas encore tout à fait sauvé ? Et ces gens de l'évangile, par une sorte de concours de circonstance posent la question : qu'est-ce que c'est avoir la foi ?
On sent bien que dans l'évangile, peu de temps avant on avait entendu que Jésus ne pouvait faire des miracles dans sa contrée d'origine, "car ils n'avaient pas la foi". Jésus ne peut pas imposer sa puissance là où elle n'est pas crue. Il faut donc qu'il y ait du côté de l'autre, de ceux qui rencontrent Jésus, un minimum de confiance, de créance "à l'avance, je pense que tu peux faire quelque chose" La puissance de Dieu n'est pas une puissance magique qui va s'imposer, mais elle va épouser quelque chose dans l'homme. Jésus ne peut pas faire des miracles, Dieu est réduit à l'impuissance, il y a quelque chose qui ne marche pas. Pour que cela marche, il faut qu'il y ait la volonté salvatrice de Dieu (elle y est), mais il faut qu'il y ait en face quelque chose chez l'homme qui se reçoit et donne crédit à l'avance à la puissance de Dieu, sinon la puissance de Dieu se heurte à un mur. Non pas que Dieu s'annule, mais au fond, Il ne peut pas exercer sa puissance, ce qu'Il est et son salut.
Quand nous pensons "la foi", nous pensons souvent en termes enfantins, une sorte d'innocence confiante, aveugle, gentille, je donne tout, il y a une sorte de nostalgie, d'un sentiment d'une confiance absolue que nous pourrions avoir à l'égard de Dieu qui est de l'ordre de l'abandon, ou même du laisser-aller. Ce n'est pas cela, c'est caricatural, et ce n'est pas cela la foi non plus. Même si souvent on a rabaissé la foi du côté du sentiment de l'enfance, il y a quelque chose qui est du côté de l'enfance, oui, mais il y a un sentiment de foi d'adulte qu'il nous faut travailler et comprendre. Ce n'est pas simplement une sorte de : "je m'en remets à toi et tout va bien". C'est plus subtil que cela. On l'entend chez la femme hémorroïsse, qui va voler, toucher le manteau, pour capter quelque chose et le recevoir. Là on pourrait le comprendre comme un geste de magie, il suffit de toucher le mouchoir, les larmes, etc, dans l'Église on a bien développé ce genre de fétichisme, une petite relique d'un saint suffit ! C'est autre chose encore.
Dans la foi, il y a deux choses : c'est faire confiance à l'avance sans savoir, que cette personne peut rentrer dans mon histoire, et je ne sais pas ce qu'elle va y faire. Ce n'est pas : je vais être guéri, youp là hou, on y va, mais c'est cette personne, le Christ qui croise mon chemin tout d'un coup. C'est ce qu'Il est, je le crois, j'en suis certain, mais je ne sais pas ce qu'il va faire dans ma vie, mais je suis sûr qu'Il va entrer dans mon histoire et l'écrire avec moi. C'est cela la foi. Ce n'est pas un sentiment magique qui fait que je pense que tout va s'arranger si je m'y mets et si je m'abandonne, cela ne suffit pas. C'est l'adhésion à ce que cette personne, la personne du Christ, va intervenir de façon définitive et radicale dans ma vie, mais je ne sais pas comment. On n'a pas la foi en la guérison, cela ne marche pas, c'est du côté de la magie. On a la foi en ce que cette personne, Jésus, doit avoir quelque chose à faire de profond dans ma vie, mais je ne sais pas exactement, et j'accepte de ne pas le savoir, comment Il va changer ma vie.
Là, on atteint quelque chose des conceptions de la guérison qui sont assez intéressantes dans ce double évangile, un espèce d'évangile cadre, avec un évangile central, où il y a tout un mouvement de foi, comme si l'évangéliste avait pris soin de faire un tableau des différents couleurs de la foi d'un homme, le père de l'enfant qui est malade, et puis, il y a la femme malade, avec les différentes méthodes, les différents moyens pour atteindre. Il y a aussi ceux qui doutent d'ailleurs, qui se moquaient de lui, parce qu'ils ne pouvaient pas rentrer dans ce jeu de s'ouvrir à une autre personne. Non pas s'ouvrir à ce qu'Il va me faire, mais s'ouvrir à ce qu'est cette personne. Souvent, nous pensons que la foi, c'est s'imaginer comme à l'avance, je suis sûr que cette personne a une puissance à me donner. Dans l'évangile, c'est la foi en la personne même du Christ et non pas uniquement en ce quelle pourrait m'apporter.
C'est là qu'on a le point difficile, névralgique, qui est un point d'abandon, parce qu'il nous faut abandonner de croire en l'effet, au résultat, pour nous en tenir à la personne du Christ, que cette personne du Christ a quelque chose à voir dans mon histoire, d'une façon si définitive que je ne peux pas passer outre, et tant pis du résultat.
Que ce nouveau régime de relation avec quelqu'un, tout à fait étonnant, l'adhésion pour ce qu'il est, nous fasse grandir nous-mêmes dans notre confiance en Dieu et en sa volonté pour nous et pour nos proches.
AMEN