L'ATTRACTION DE LA CROIX

Jl 3, 1-5 ; Mc 10, 23-31

(20 juin 2002)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

L

'évangile, encore une fois, l'évangile de ce jour est extraordinaire par sa radicalité au point que les disciples se posent la vraie question : "Mais, qui peut être sauvé ?" Qui sera assez fort pour se convertir à ce point pour emboîter le pas de cet homme passionné (passionnant sans doute aussi Jésus), c'est-à-dire qui s'emporte un peu. Jésus est passionné par cette conversion et Il la propose à tout homme, à toute femme dans l'évangile. Il ne se lasse pas de proposer la conversion. Mais il faudra la croix comme instrument du salut, la croix comme instrument de notre propre conversion, pour que cette parole puisse vraiment atteindre son maximum d'intensité. La croix, elle est posée d'une façon un peu définitive sur ce mont, à Jérusalem, cette ville tellement sous tension, cette ville dont tout le monde voudrait s'emparer, cette ville de désir, cette ville qui est comme une sorte de centre du monde puisqu'elle attise toutes les passions, toutes les convoitises même les plus horribles.

Puis il y a cette légende qui dit aussi que sous le Golgotha, il y avait la tombe, le crâne d'Adam, le premier homme. Donc la croix est cet axe posé sur le centre du monde, on pourrait presque dire : sur le nombril du monde. Et la croix attire, et continuera d'attirer, même quand toute la figure de ce monde sera passée. Et la croix attirera les peuples, les nations, elle attirera tout homme qui a cherché à donner un peu sa vie, tout homme qui a cherché à vivre pour les autres, tout homme, toute femme qui a cherché à donner. A ce moment-là, la croix ne sera plus du tout retenue par le péché ou l'obscurcissement des yeux, elle jouera pleinement ce rôle d'attraction, comme des planètes qui sont en orbite, et qui tout d'un coup se rassembleraient.

Mais la croix aussi opère, pour nous qui avons été saisis par cette croix, pour Béatrice aussi qui avait été saisie par cette croix, on en avait beau­coup parlé ensemble, cette croix opère en nous convertissant. Jésus à travers ces paroles qu'on a en­tendu cherche à provoquer notre conversion. Il ne va pas se lasser d'aller voir les malades, les pécheurs, sans arrêt Il va proposer la conversion. Et il garde comme ultime recours, cette parole définitive de la croix, ce don total qu'Il donne de son Esprit prophé­tisé par Joël dans la première lecture. C'est vraiment la croix qui opère notre conversion. C'est devant la croix que notre cœur devient liquide. C'est devant ce cœur de Dieu qui est comme devenu liquide sur la croix que notre propre cœur devient liquide et fond. La croix qui est ce signe abject le plus radical, le sup­plice des esclaves devient tout d'un coup d'une façon très mystérieuse, comme s'est opéré en nous ce re­tournement du cœur, la croix devient presqu'un objet de désir. C'est cela qui est le paradoxe total de la foi chrétienne, la croix devient une sorte d'objet de désir, nous avons comme une sorte d'attirance vers cette croix. Nous ne sommes pas attirés par les souffrances, parce que les souffrances, on s'en écarte, il est bon de s'en écarter, sous peine d'être dérangé psychologi­quement, mais la croix opère cette attraction parce qu'on se rend compte que c'est le don d'un amour to­tal. Elle est vraiment la dernière parole de l'amour, quand le Christ en a eu assez de faire des discours sur la conversion, Il a présenté sa croix comme instru­ment de notre conversion, Il a présenté sa vie donnée au Père, sa vie dont Il n'a rien retenu, comme le meil­leur exemple pour notre conversion.

Laissons-nous attirer par la croix. Si nous sommes encore peut-être bloqués par cette croix que nous ne saisissons pas sa profondeur, sa largeur, sa hauteur, laissons-nous guider par le Seigneur pour qu'il nous ouvre à ce mystère d'un don qui est allé jusqu'au bout. Parce que devant un don qui est allé jusqu'au bout, on peut se dire qu'on peut aussi rendre amour pour amour.

 

 

AMEN