RÉVÉLER LE PÈRE

Jl 2, 23-24+26-27 ; Mc 10, 17-22

(18 juin 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

Q

uand on regarde le journal de vingt heures, on ne sait plus exactement ce qu'on regarde, est-ce que ce sont les informations, ou est-ce que c'est la personne qui donne les informations ? A cer­tains moments, on a le sentiment que le médiateur cache et occulte ce qu'il a à annoncer, ce qu'il a à pro­poser.

Avec Jésus, c'est un peu le même problème. Depuis peut-être un siècle, les chrétiens en général, et même une certaine société civile non croyante, ont une certaine tendance à vouloir faire la part des cho­ses dans la religion chrétienne, de garder certains éléments et d'en rejeter d'autres. Ainsi, au sujet de Jésus, celui-ci et considéré comme un soixante-hui­tard, par conséquent tout ce qui est trop autoritaire dans l'Eglise : "exit", notamment et surtout le père. Jésus est considéré aussi comme un homme, un homme comme nous, non pas du tout Dieu, un simple frère parmi les frères qui nous montre une bonne voie à suivre. "Exit", la grâce que Dieu nous donne, et le Saint-Esprit. Il y a un auteur qui revient peut-être de loin, qui s'appelle Régis Debray, qui parle justement dans un de ses livres : "Dieu un itinéraire", du Christ parricide, ou la manière dont l'homme a réussi à cou­per le Christ de son Père, Jésus le Fils, de son Père. Je crois que nous pouvons, nous aussi, couper le Fils du Père avec les meilleures intentions.

Il est vrai que cet homme qui vient voir Jésus a lui aussi, les meilleures intentions. Il arrive, il fléchit le genou, et il l'appelle "bon". C'est-à-dire que dès le début, cet homme veut une relation une relation uni­que entre Jésus et lui. Il oublie que Jésus est envoyé par quelqu'un, il oublie que Jésus n'est pas à l'origine de tout. Dans un premier temps, Jésus va un peu cal­mer les choses, et il va le forcer à passer de cette rela­tion duelle, toi et moi, avec une autre personne, celui qui est à l'origine : Dieu. Il y en a un seul qui est bon, et c'est Dieu. Cette invasion de cette relation dualiste que nous voulons avec le Christ, ou quelquefois que nous voulons vivre avec les autres, que ce soit avec les parents, avec une femme, avec le mari, celui que l'on aime, cette relation duelle, justement, le Christ va la remettre à sa bonne place. Il va expliquer à cet homme qu'il est un médiateur. Et comme tout média­teur, Il a à révéler celui qui l'envoie, Il a à révéler celui qui est à l'origine de tout, même si le médiateur ou l'homme peut tomber dans ce piège de tirer la cou­verture à soi, et de se dire, que cela fait du bien d'être traité comme Dieu. Je crois que justement, Jésus ne tombe jamais dans ce piège dans l'évangile, Il est justement toujours celui qui pointe du doigt celui qui l'envoie, et c'est de cette manière que Jésus se montre véritablement Fils de Dieu en disant : je ne suis pas l'origine, l'origine vient d'au-delà de moi. C'est un travail que nous avons à faire, frères et sœurs, certai­nement au niveau de la paternité, par rapport aux en­fants, mais aussi par rapport à la paternité spirituelle, quelqu'un qui recherche de la part d'un chrétien, de la part d'un père, d'un religieux, une parole de vie. Je crois que la parole de vie, nous la donnerons d'autant plus si nous renvoyons cette personne justement à celui qui est à l'origine.

Frères et sœurs, dans notre vie chrétienne, es­sayons d'être comme Jésus, de véritable fils et filles de Dieu, essayons de ne pas tomber dans ce péché de cacher celui qui est à l'origine, d'être un médiateur un peu trop envahissant, et de révéler à nos frères et sœurs celui qui est à l'origine de tout, Dieu, le Père.

 

 

AMEN