COUPER ... SÉPARER ... ALLÉGER !
Jl 2, 10-14 ; Mc 9, 38-50
(14 juin 2002)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ans ces différentes péricopes de l'évangile de Marc que nous avons entendu à l'instant, la péricope qui concerne le scandale, difficile à entendre et à interpréter, prouve au moins une chose, c'est que nous pouvons nous détacher du membre désobéissant qui cause le scandale, la main, le pied ou l'œil. Au fond, ce que Jésus dit de l'homme, de nous-mêmes, c'est que c'est une partie détachable, au sens symbolique du terme, et que l'homme n'est pas tout entier objet de scandale, c'est une partie de lui-même. Nous pouvons donc avoir l'occasion de nous séparer de ce qui causerait scandale. En fait, le texte est un peu préventif. Ce n'est pas un texte qui juge, c'est un texte de prévention, une sorte de mise en garde à l'avance de ce qui en nous pourrait s'échapper de nous-mêmes et avoir une sorte de vie propre. Il ne s'agit pas d'entendre là des choses uniquement sexuelles, ou encore de la psychologie des profondeurs, c'est une façon dont Dieu nous aide à nous penser nous-mêmes, de la façon dont nous sommes constitués.
Certains saints dans l'histoire de l'Eglise ont pris à la lettre cet évangile, ils ne sont pas béatifiés pour cette raison-là, ils ne sont pas du tout béatifiés d'ailleurs, mais il y a une leçon à entendre, la première qui est plutôt positive. En nous détachant du membre désobéissant ou malade ou rebelle, il y a une possibilité de garder une sorte d'intégrité, que l'image profonde notre intégrité de l'image de Dieu peut ne pas être atteinte. Deuxièmement, il y a une sorte de conflit, de dialogue intérieur de nous-mêmes, et certaines parties de nous-mêmes, certains actes, certaines vues sont en opposition, en désobéissance par rapport à notre vouloir, par rapport à notre désir. Jésus prend acte qu'il y a dans l'homme un conflit de vouloir. Il ne nous dit pas : maîtrisez, Il dit : coupez ! Comme s'Il nous invitait à ne pas entrer dans la tentation d'une sorte d'hyper maîtrise de soi-même, par ailleurs, Il dira : soyez fermes et vigilants, mais, ici, dans cette description propre de ce péché, Il nous demande de couper court à tout dialogue avec cet acte possible, avec ce péché qui est le scandale. Il n'y a même pas à entrer en compromis avec lui, il y a à nous en séparer : je n'ai rien à dire, rien à discuter, et le compromis sera toujours néfaste.
Je ne dis pas que je comprends totalement cet évangile, mais c'est d'abord comme cela que je l'entends. Il y a donc en nous des éléments difficiles à déterminer, qui sont des éléments rebelles, mais nous ne sommes pas confondus avec ces éléments-là. Il y a en nous, un désir naturel de Dieu qui est pur, intègre, et qui ne veut pas discuter avec ce qui s'oppose à ce désir. C'est comme si nous avions un ballon, comme une montgolfière qui pour s'élever davantage doit lâcher quelque lest. Nous sommes trop chargés, et dans la vie spirituelle, nous avons à nous alléger, à laisser, à couper. Vous avez tous lu Jules Verne, j'imagine, il y a un passage qui me remonte de mon enfance, lorsqu'ils sont obligés non seulement d'envoyer par-dessus la nacelle les vivres, mais aussi les éléments les plus nécessaires à leur vie, et je crois qu'ils se retrouvent quasiment en sous-vêtements pour se maintenir en hauteur et ne pas s'écraser sur les montagnes. Cet allégement qui nous est demandé par l'évangile nous demande de couper. Il y a des choses dont nous pouvons penser qu'elles nous sont indispensables, mais dont il nous faut nous séparer. C'est par crispation ou peur que nous les conservons attachées à nous-mêmes, mais combien elles nous alourdissent, et combien nous gagnerons en légèreté d'être et de vie spirituelle, à nous en débarrasser.
Frères et sœurs, restez avec vos deux pieds, vos deux mains, vos deux yeux, mais ne rentrez pas en tentation avec ce pied, cette main ou cet oeil qui pourraient dévier de ce à quoi Dieu l'a destiné, la gloire de Dieu.
AMEN