LE PARDON EST POSSIBLE EN JÉSUS-CHRIST

Ph 1, 9-11 ; Mc 6, 14-29

(21 mai 2002)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

L

es hommes et les femmes que nous sommes pensons souvent qu'être partagés dans sa vie entre deux extrêmes, devant un choix, être partagés est une expérience souvent très difficile, très rude à vivre, et l'on aimerait bien éviter ce genre de situation. Nous sommes par conséquent très souvent fascinés par des personnages qui nous semblent en­tiers dans leurs décisions, dans leurs choix de vie. Je crois que d'une certaine manière, Hérode est cette personne à la fois partagée, et fascinée par deux ex­trêmes : saint Jean-Baptiste, un homme entier qui refuse totalement la compromission avec le mal et le péché, et d'autre part, Hérodiade, une femme entière pour qui l'amour de soi est vécu au mépris de l'autre.

La conclusion de cette situation, où Hérode semble pris en sandwich entre ces deux personnages, nous pourrions croire que la vie se montre plutôt cy­nique dans ses choix, puisque celui qui était entier et idéaliste, celui qui ne voulait jamais se compromettre avec le mal, celui qui désignait ce mal avec son doigt, finit par en perdre la tête, finit par mourir. Et d'un autre côté, dans l'ombre, semble triompher celle qui manipule, celle qui gagne. Qu'en est-il d'Hérode ? Il semble bien qu'il soit un peu le dindon de la farce, peut-être souvent comme nous-mêmes, frères et sœurs. Nous ne sommes pas toujours très entiers dans nos décisions, nous sommes, j'espère, très rarement du côté d'Hérodiade, dans le côté machiavélique de nos choix, mais en même temps, partager la condition d'Hérode, c'est partager une vie remplie de culpabilité. Hérode a le sentiment d'être le dindon de la farce, de n'avoir gagné sur aucun tableau. A tel point qu'au niveau de la lecture du texte, il faut chronologique­ment garder la deuxième partie et revenir à la manière dont Hérode voit l'arrivée de ce nouvel homme Jésus-Christ. Hérode est hanté par la mort de Jean-Baptiste, qu'il a mis à mort, sorte de fantôme qui l'habite et le hante. Je dirais que le sang versé de Jean-Baptiste, dans la vie d'Hérode, est un sang qui l'accuse, dans lequel aucun pardon ne semble possible.

Jésus-Christ Lui aussi semble pris dans ce schéma, pris entre deux feux, entre la lâcheté de cer­tains hommes, comme Hérode et sa propre lâcheté, et puis le côté pervers d'autres personnes qui veulent sa mort. Et c'est la concomitance de cette lâcheté et cet esprit machiavélique qui aboutit encore une fois à la mort d'une autre homme, d'un homme toujours aussi juste, d'un homme toujours aussi entier. Mais je crois que la conséquence est très différente entre la mort de Jésus et celle de Jean-Baptiste. La mort de Jésus va ouvrir à la rédemption. Le sang qui va couler du côté transpercé du Christ ne va pas être un sang accusa­teur, dans lequel se sentira mourir dans sa culpabilité, mais au contraire, ce sang va aboutir à la rédemption de l'homme. Le sang du Christ est ce sang qui crie à l'homme que le pardon est possible. Oui, le pardon est possible, c'est ce que nous dit la mort du Christ.

Frères et sœurs, pour nous-mêmes qui sou­vent sommes poursuivis, peut-être, comme Hérode, par nos péchés, nos faiblesses, nos lâchetés, que ces fantômes n'envahissent jamais nos cœurs au point de penser que le pardon est impossible. Mais au contraire, que celui qui se révèle à nous soit non pas nos péchés pris chair, mais au contraire, mais le salut de Dieu pris chair en Christ.

 

 

AMEN