L'ÉPOUX PARLE AUJOURD'HUI
2 M 6, 18-31 ; Mc 3, 1-12
(18 septembre 2001)
Homélie du Frère Yves HABERT
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ésus entre dans la synagogue, prend le rouleau qui lui est tendu, Il le déroule, lit le passage qu'Il choisit, puis s'assied ... Déjà, Il vient comme un roi qui de son trône va annoncer la venue du Royaume. C'est la prédication la plus courte de l'histoire, simplement parce que ce livre d'Isaïe parle de Lui. C'est une prédication très particulière, puisque dans la prédication nous parlons toujours d'un Autre, mais là, Il parle de Lui. Là, dans ce livre du prophète, il est parlé de Lui. Il n'a pas à se référer à quelqu'un d'autre, Il n'a pas à invoquer une autre instance, Il n'a pas à être jugé par l'Église, Il a simplement à écouter cette parole et à dire un "aujourd'hui " qui résonne fortement au cœur de tous ceux qui écoutent parce que c'est effectivement le Messie qui s'assied et qui commence à siéger, qui commence à opérer son œuvre de libération.
Je voudrais m'arrêter sur la manière dont Il a choisi le texte. "On Lui présente le livre d'Isaïe". Il est dit : "Il trouva le passage où il est écrit". Il y a trois solutions : est-ce que c'était le passage qui était lu habituellement dans la synagogue ce jour-là ? Est-ce qu'il a fait exprès de choisir ce passage, parce que ce passage était comme la porte d'entrée de son ministère? Ou bien a-t-Il ouvert le rouleau au hasard ? Personnellement je pense qu'il a fait exprès de choisir dans ce livre d'Isaïe cette annonce programmatique du rôle, de la venue, de l'action du Messie. Je crois qu'il l'a fait exprès. Mais on pourrait imaginer, surtout que c'est une habitude qui est revenue un peu dans l'Église en ce moment, on pourrait imaginer qu'il ouvre au hasard, qu'il pointe le doigt sur cette Parole. C'est une pratique qui est revenu récemment dans la mouvance du renouveau, mais qui est une pratique très ancienne. Le premier témoignage nous vient de saint Antoine du désert, au moment où il renonce au monde pour partir à la quête de Dieu, il va ouvrir l'évangile. Saint Augustin, vous vous rappelez aussi, il entend la petite ritournelle "tolle, lege", prends et lis, et il va tomber aussi sur un passage qui l'interpelle. Saint François d'Assise c'est la même chose. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus, au moment où elle traverse une sorte de crise de vocation, alors qu'elle est au Carmel et qu'elle cherche vraiment sa vocation, alors qu'elle voudrait être toutes les vocations possibles et imaginables sur la terre, elle va ouvrir les épîtres de Paul et elle tombe sur le premier livre des Corinthiens au chapitre treize. C'est donc une pratique que les saints ont utilisée, et qui leur était habituelle. On pourrait nous aussi, continuer à la pratiquer. Cependant, il faudrait dire : attention ! c'est jouable, mais il ne faut pas faire de cette pratique, d'ouvrir la Parole de Dieu à l'aveuglette, au hasard et de demander à l'Esprit Saint de nous éclairer, en pointant le doigt sur un passage, il ne faut pas faire de cette pratique quelque chose d'un peu magique, une sorte d'immédiateté et décider simplement en pointant du doigt. Par contre, je crois que cultiver notre amour de l'Écriture et rentrer dans l'intelligence de l'Écriture qui est une histoire, rentrer dans sa dynamique nous permet aussi d'avoir ce rapport un peu direct et familier de cette manière, sans y voir un geste magique et infaillible. Personnellement, j'ai toujours trouvé préférable de se laisser éclairer par l'Écriture, même dans la conduite de notre vie, dans ce qui fait la dynamique de notre vie au creuset et au jugement de l'Écriture, de simplement écouter les textes que nous propose la liturgie. L'Église choisit des textes, notre communauté choisit des textes et pourquoi ne pas simplement chaque jour entendre ces textes comme s'ils nous parlaient à nous-mêmes. La pratique de demander ainsi au Seigneur une Parole peut être bonne, si on a cette culture suffisante, si on ne tombe pas dans le fondamentalisme, mais sans doute faut-il préférer ce que l'Église nous propose comme lecture, parce qu'il y a la façon très particulière que l'Epoux, le Christ, a de s'adresser à son Epouse. Si vous voulez entendre les mots de l'Epoux qu'il vous adresse, et qu'il adresse aussi à notre communauté, parce qu'on n'est pas seul face au texte, mais on est une communauté, si vous voulez entendre cette façon très particulière que Dieu a de parler à cette communauté et à nous en particulier, pourquoi ne pas faire référence d'abord, en priorité aux deux lectures que nous avons entendues aujourd'hui, et celle de demain, d'après-demain, et de chaque jour.
AMEN