VEILLER

Ap 20, 1-4+11-15 ; Mc 13, 33-37

(27 novembre 2000)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs, dans ce tout petit texte qui nous est donné dans la bouche de Jésus comme la conclusion de son annonce de la fin des temps, il y a une seule consigne : veillez. Encore faut-il la comprendre correctement. Combien de fois a-t-on fait de la veille, et c'est vrai que de temps en temps de devoir passer des nuits blanches, les nuits sont lon­gues, combien de fois a-t-on fait de ces veilles une sorte d'exercice de domination sur soi-même, une sorte d'effort pour dominer le temps, dominer la si­tuation, avec en prime le stress de la surprise.

Quand on parle de la veille, on pense à cette espèce d'attitude méfiante, défiante, crispée. Celui qui veille est aux aguets, c'est la sentinelle, qui à tout moment, au moindre bruit, si un chat se promène sur les feuilles mortes, il tend le fusil pour essayer d'abattre toute âme qui vive dans l'entourage. C'est vrai que les soldats sont des veilleurs, mais il faut voir comment, ce sont les veilleurs de la peur. Ce sont ceux qui sont pleins d'attention, parce qu'ils ont peur pour leur peau.

Or vous l'avez remarqué quand Jésus qu'il faut veiller, il explique pourquoi. C'est parce que le Maître est parti. Non pas parce que le Maître menace, mais il est parti et il a fait confiance pour dire aux serviteurs : voilà, je vous laisse ma maison, mes biens, mes appartements, ma vaisselle, ma salle de bain, et mon after-shave ! Pratiquement, vous en fai­tes ce que vous voulez. Donc, c'est le jeu de la confiance, le jeu d'un Dieu qui laisse à la création, son dynamisme, sa liberté. C'est un Dieu qui n'a pas peur, il dit simplement qu'il faut veiller. Alors, quelle est la réponse à la confiance ? C'est justement la veille. Mais vous comprenez bien que si le maître revient, ce n'est pas pour faire peur, ce n'est pas pour inquiéter, ce n'est pas pour constater si on a mangé le chocolat dans le frigo ou non. C'est un Dieu qui revient sim­plement parce qu'Il a envie de nous revoir. Et comme on attend un membre cher de sa famille après un long voyage, évidemment on veille. On peut avoir quel­ques inquiétudes pour savoir si le voyage se déroule bien, s'il n'y a pas d'accident sur l'autoroute et s'il n'y a pas de moteur d'avion qui est cassé. Mais en réalité, on veille parce que c'est la surenchère de la confiance. Puisque Dieu a une confiance, on ne peut pas répon­dre autrement que par la confiance des serviteurs qui veillent. Bien sûr Jésus demande la vigilance, et cela demande un effort sur soi, une domination de soi et de ne pas se laisser endormir et de prendre quelques tasse de café noir, très noir. Mais, ce n'est qu'annexe par rapport à ce qui est fondamental : nous veillons pour répondre à la confiance de Dieu. Et c'est pour cela qu'Il le demande plus spécialement à ceux qui connaissent le Maître, d'être les témoins de la veille, qu'aux autres qui ne savent pas que le Maître va venir. C'est pour cela que nous, les chrétiens, dans le monde d'aujourd'hui, nous avons davantage à être des veil­leurs, non pas de transmettre une angoisse aux autres, en disant qu'ils ne savent pas ce qui va leur tomber sur la tête, mais plutôt d'être les témoins de cette confiance profonde, si Dieu revient, c'est pour nous rencontrer, si Dieu revient, c'est pour donner son ac­complissement à cette relation de confiance qu'Il a inaugurée lorsqu'Il nous a confié la création. Le retour du Seigneur, la Pâque aussi, ce n'est pas Dieu qui vient dans sa création pour la détruire, mais c'est Dieu qui prend pleinement possession de sa création pour la faire passer dans le mystère de son Amour trini­taire.

Frères et sœurs, que ces derniers temps, et nous y sommes, nous les vivions précisément avec les vraies raisons de la veille, avec la véritable attitude des veilleurs, non pas prêts à tirer sur tout ce qui bouge, mais le contraire, prêts à accueillir Celui qui vient.

 

 

AMEN