DIEU OU CÉSAR ?

Jc 2, 1-9 ; Mc 12, 13-17

(24 février 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

D

ans les discussions des pharisiens et des Hé­rodiens, c'est cette distance qu'il y a entre ce qu'ils disent et ce qu'ils pensent, parce qu'en écoutant attentivement le préambule à la question qui est posée à Jésus : "Maître (premier mensonge, car ils ne le considèrent pas forcément comme Maître, du moins, pas comme Jésus voudrait être entendu) nous savons que tu es véridique et que tu parles vrai (ils n'en pensent pas un mot), que tu ne te préoccupes pas de qui que ce soit (ils pensent exactement le contraire), et que tu ne regardes pas au rang des per­sonnes (eux, oui)". La seule phrase qui commence à être honnête c'est quand ils disent : "Est-il permis ou non". Pris dans leur réseau de réflexion sur la Loi, le mot le plus authentique dans tout ce qu'ils viennent de dire est le mot "permis". En fait dans cette rencontre entre les pharisiens les Hérodiens et Jésus, il y a deux signes, il y en a un qui est inscrit sur la monnaie, et l'autre qui est la présence même de Dieu. Il y en a un qui est lisible, ils ne veulent pas le lire, mais ils vont être invités à le lire, et l'autre ils ne veulent pas le voir. Mais il y a deux signes évidents : l'un qui dit leur appartenance à un monde romain, culturel particulier, d'où la nécessité de payer leur impôt, et l'autre qui transcende, qui traverse, qui domine ce premier signe et qui est le signe absolu du don de Dieu dans la per­sonne de Jésus.

La parole, dans sa vocation, dans son essence est faite pour déchiffrer les signes qui nous sont en­voyés, les recevoir et leur donner tout leur poids et leur sens. Mais partis comme ils sont partis puisqu'il y a un décalage entre ce qu'ils pensent et ce qu'ils di­sent, ce qui est déjà une sorte de dévoiement de pa­role, la parole est déviée de sa vocation, ils ne peuvent pas attirer la vérité à eux, puisqu'ils ne sont pas partis eux-mêmes avec une parole qui disait la vérité.

Pour entendre la vérité, il faut que la parole, notre interrogation, notre question soit déjà centrée et enracinée dans notre vérité, la nôtre. C'est pourquoi on dit qu'il y a un piège dans cette parole, cette parole n'attire pas la vérité, et en fait, elle ne répond pas à la question, elle ne fait que renvoyer la question en es­sayant de leur faire comprendre le mensonge dans le­quel ils se sont, en quelque sorte, enfermés. C'est vrai qu'ils ont dévié la parole de sa vocation qui est de révéler la vérité, d'atteindre les signes et de les faire parler.

Quelle leçon pouvons-nous en tirer pour nous-mêmes ? Nous pratiquons cette parole très fré­quemment et nous avons à entendre les difficultés d'user de cette parole, afin qu'elle attire à elle comme un aimant, la vérité. Elle a cette manière à elle d'atti­rer la vérité et nous permettre d'entendre quelque chose que nous ne voyons pas encore, c'est de tenter d'enraciner en nous-mêmes dans la vérité cette parole. Il y a un jeu d'aimantation, et l'on entendra souvent dans l'évangile, d'autres personnes qui interpelleront Jésus, qui effectivement parlant en vérité de leur souf­france, de leur manque de foi, ou de leur attente, atti­rent immédiatement, quasi spontanément la présence de Dieu et ils la reconnaissent comme telle, comme don de vie.

Soyons attentifs à ce que notre parole soit le moins possible décalée par rapport à cette vérité, que nous découvrions que cette présence nous est donnée, il n'y aura jamais de fin au don que Dieu fait de sa présence, et que notre parole et la Parole de Dieu arri­vent à se conjuguer ensemble pour nous ouvrir et nous éveiller à cette présence permanente et inces­sante de Dieu dans notre vie.

 

 

AMEN