LA GRÂCE PURIFIANTE DE DIEU

Mi 7, 1-2+7-9 ; Mc 9, 38-50

(10 juin 1996)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, cette page d'évangile est un peu un fourre-tout de paroles diverses de Jésus probablement prononcées à des moments différents et qui ont été rassemblées là par saint Marc un peu par associations d'idées, pour autant, elles ne sont pas sans intérêt.

Nous y voyons d'abord une première chose c'est l'intervention de Jean. Il s'agit de Jean l'évangé­liste que nous avons l'habitude de considérer et, à juste titre, comme l'apôtre et l'évangéliste de l'amour de la tendresse de Dieu et nous le voyons là et à plu­sieurs reprises d'ailleurs, saint Marc le signale comme méritant son surnom de Boanergès, c'est-à-dire fils du tonnerre car il n'est pas très tendre pour ceux qui ne suivent pas Jésus. Il veut les empêcher de se mêler de ce qui ne les regardent pas. Ce qui prouve que saint Jean n'est devenu le docteur et le prophète de l'amour de Dieu que par une longue fréquentation de Jésus qui a changé son tempérament violent en un tempérament de feu mais le feu de l'amour de Dieu et non pas le feu de cette brutalité avec laquelle il avait spontanément l'habitude d'agir.

D'autre part, nous y trouvons aussi un passage très intéressant précisément à propos de ce que Jean dit. Jean veut empêcher quelqu'un d'expulser les dé­mons au nom de Jésus parce qu'il ne fait pas partie du groupe des disciples. Il ne fait pas partie de l'Église constituée, si je puis dire, en tout cas en voie de cons­titution. Jésus n'est pas de son avis. Il lui dit : "Ne l'empêche pas car s'il fait quelque chose de vrai en mon nom. Il n'est pas possible qu'il parle mal de moi. Celui qui n'est pas contre nous est pour nous." Et ceci est très important, je pense, pour notre réflexion à nous aussi aujourd'hui. Nous ne sommes pas les détenteurs, les possesseurs du nom de Jésus. Nous ne devons pas sous prétexte que nous sommes des chrétiens officiels, institués, dûment baptisés et enre­gistrés, nous croire possesseurs du Christ. La grâce de Jésus peut agir aussi ailleurs que dans les institutions officielles. Et Jésus lui -même nous le dit : "Ceux qui ne sont pas contre nous, sont avec nous". Même s'ils ne nous suivent pas. Même s'ils ne marchent pas du même pas que nous. Même s'ils ne font pas visible­ment partie de la communauté que nous constituons. Ceci est une invitation pour nous aussi à ne pas faire de l'Église une sorte d'exclusivité, à ne pas établir des barrières qui nous entoureraient et qui empêcheraient ceux qui ne sont pas apparemment chrétiens de ren­contrer le Christ. Nous n'avons pas le privilège d'être des amis du Christ, nous avons la grâce d'être des amis du Christ. Nous avons la grâce d'avoir reçu le baptême, d'avoir reçu l'éducation de la foi, d'avoir reçu le don de la foi. Nous avons reçu la grâce de faire visiblement partie de l'Église, mais cette grâce ne nous donne pas un droit de nous arroger la posses­sion exclusive du Christ. Le Christ peut aussi agir ailleurs autrement. Il est libre et il y a beaucoup de demeures du Père parmi les hommes et ce n'est pas à nous d'établir des frontières, des barrières et des dis­criminations.

Il y a aussi dans cette page un enseignement sur le scandale. Et remarquez si Jésus emploie des images très fortes en disant : "Si ton œil te scanda­lise, arrache-le, si ta main t'incite à pécher, coupe-la". Il veut par ces images fortes, puissantes, nous montrer la gravité du scandale. Il a exprimé tout d'abord ce scandale de la façon suivante : "Si quelqu'un doit scandaliser l'un de ces petits qui croient, il ne s'agit pas seulement des petits enfants, Il s'agit de ceux qui sont petits parce qu'ils n'ont ni la science, ni la connaissance, ni peut-être précisément le fait d'être enregistrés dans l'Église. Ils sont des humbles, des pauvres, des gens non qualifiés. Nous ne devons pas scandaliser ces petits. Si nous sommes membres de l'Église, notre devoir premier n'est pas d'établir des barrières pour que l'on entre avec un laissez-passer dans l'Église mais notre rôle est de faire précisément de l'Église un message de lumière, de miséricorde, d'ouverture. En tout cas de ne donner aucun prétexte à scandale auprès de ceux qui sont aux franges, aux marges de cette Église. De ceux qui sont peut-être trop petits pour se reconnaître ou pour se dire chré­tiens. Nous ne devons en aucune manière risquer de les scandaliser. Il faudrait mieux que nous nous cou­pions la main ou la langue plutôt que de faire ou de dire des choses qui puissent scandaliser ces petits".

Enfin, une dernière remarque, elles sont un peu disparates mais c'est le texte qui est un peu dispa­rate, après avoir évoqué la Géhenne de feu c'est-à-dire l'enfer, Jésus ajoute une phrase étrange, Il dit : "Tous seront salés par le feu". Le sel c'est une allusion à une pratique ancienne qui consistait quand on offrait un sacrifice à saler la victime, non pas pour donner du goût à la viande, là n'était pas le but, mais le sel qui est une réalité assez rare dans l'antiquité qui avait un caractère précieux, c'est la raison pour laquelle on offre du sel au moment du baptême en signe de bien­venue, le sel qui voit donc une certaine valeur en quelque sorte était une manière de consacrer la vic­time à Dieu. Donc nous serons salés par le feu, c'est dire que ce feu, qui vient d'être évoqué par la Gé­henne, peut avoir un autre usage celui de nous puri­fier, de é nous consacrer, de nous amener à devenir des victimes agréables à Dieu. Et c'est probablement une allusion à ce qui sera plus tard la doctrine du Pur­gatoire à savoir, cette purification douloureuse d'où l'idée du feu qui aboutit à faire de nous des holocaus­tes qu'on peut présenter à Dieu d'où le fait que le Pur­gatoire nous conduit à la Béatitude. Il y a dans les épreuves de ce monde ou de l'autre une vertu purifi­catrice qui é permet que nous sortions de notre condi­tion de pécheur, de notre condition capable par notre péché de scandaliser les autres, de sortir par la grâce purifiante de Dieu pour accéder nous aussi au pardon.

 

AMEN