THÉOLOGIE DES SENS
Mi 2, 1-2+7-9+10 b ; Mc 8, 22-26
(28 mai 1996)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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rères et sœurs, l'opportunité des circonstances et la joie m'est donnée, à nouveau, de m'adresser à vous. Hier, nous avions humblement médité, fait une catéchèse simple sur le sens de l'ouïe. Cela dit, il y a toute une théologie dans la parole de Dieu des sens. Cela me paraît important. Dieu a quelque chose à nous dire sur nos sens. Pourquoi ? Parce que c'est avec nos sens que nous appréhendons les choses, que nous percevons les choses et les êtres et que nous connaissons, comprenons. Autrement dit : Qui met en marche nos sens ? l'intelligence. Et aujourd'hui, nous passons au sens de la vue après l'oreille. Seul Marc, dans les évangiles rapporte ce miracle de cet aveugle qui n'est pas un aveugle-né mais aveugle par accident. Et si vous avez fait attention, nous sommes à un épisode de l'intimité du Christ avec ses disciples. On dirait que Jésus veut souligner cette intimité puisqu'on pousse le détail à nous dire que l'on sort hors du bourg donc je réfléchis et je me dis que si cette intimité est soulignée c'est parce qu'il y a là presque un langage en parabole pour ce qui suit. Si vous avez lu l'évangile : Qu'est-ce qui va suivre après cet épisode ? La profession de foi de Pierre. Autrement dit à travers cette guérison de l'aveugle, le Seigneur interpelle un cœur aveuglé qui est celui de Pierre pour le préparer à professer sa foi. Autrement dit encore, nous passons d'un miracle c'est-à-dire quelque chose qui se voit, qui est tangible et palpable aux sens pour le faire passer dans l'invisibilité du cœur, celui de Pierre afin que celui-ci puisse dans un deuxième temps, professer sa foi. Ceci nous est aidé par le langage et si nous avons fait attention aussi, Marc a le souci de nous montre que cet aveugle voit progressivement, graduellement et ceci est souligné par différents temps du verbe voir, trois composés du verbe voir. L'aveugle voit comme flou, comme statique, comme des arbres immobiles et puis, peu à peu, les choses se mettent en marche.
Frères et sœurs, n'avons-nous pas au travers de cela une définition en parabole de la foi ? Est-ce que la foi ce n'est pas quelque chose qui au départ est, comme à tâtons, où l'on a, oui quelques certitudes je l'espère, mais bien des choses floues, bien des choses qui vous apparaissent dans l'Église surtout comme figées, comme des arbres qui ne bougent pas, n'évoluent pas, ne grandissent pas et ne tombent pas non plus ? Est-ce qu'en définitive il n'y a pas derrière tout cela ce qu'est véritablement le chemin du chrétien? Alors nous allons demander dans cette eucharistie si vous le voulez bien en portant dans notre prière notre frère qui prie pour nous que l'amitié qui nous rassemble ce matin, le comportement qui a été le nôtre dans cette amitié que nous avons eue avec lui et que nous avons toujours maintenant dans le cœur de Dieu. Est-ce que lorsque nous nous trouvons avec quelqu'un qui est toujours à côté de nous et que nous voyons toujours, est-ce que nous ne finissons pas par nous habituer et puis par voir un peu notre ami comme un aveugle ? Alors que maintenant qu'il n'est plus là physiquement c'est comme pour Pierre, c'est le regard du cœur qui fait place de l'organe de la vue.
AMEN