L'OBOLE DE LA VEUVE

Jg 9, 35-40 ; Mc 12, 41-44

(8 juillet 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'évangile que nous venons d'entendre selon saint Marc n'est pas une simple observation sur la générosité d'une brave femme pauvre qui met une grande partie de son trésor dans le trésor du Temple.

Jésus est dans le Temple et Il observe l'attitude religieuse des hommes et des femmes qui circulent, non pas seulement les scribes mais les pèlerins quotidiens comme nous dans cette église ou les pèlerins occasionnels qui tentent, cherchant Dieu, d'implorer son pardon ou de supplier devant sa majesté, d'intercéder pour telle ou telle intention. Attitude religieuse que Jésus observe, recueille, accueille, car cette veuve qui met dans le trésor son obole ignore que Dieu l'observe, qu'Il la regarde, qu'Il l'accueille. Jésus sait qu'elle tire de son indigence le trésor qu'elle met elle-même et Il découvre là tout ce que Dieu, dans son cœur, a toujours voulu que chaque homme vive par rapport à Lui. Il n'attend pas que les riches s'appauvrissent, Il n'attend pas que les riches fassent des chèques impressionnants, Il attend que l'homme, riche ou pauvre, tire de sa pauvreté ce qu'il peut donner.

J'aime le rapport entre cette femme qui va de son petit pas, comme souvent quelque veuve en train de marcher dans le temple, et Dieu qui l'observe et découvre l'immensité du cœur humain capable de puiser encore dans la pauvreté cette même pauvreté qui est comme une offrande à Dieu. Et elle est belle cette rencontre au cœur du Temple, au cœur de la présence de Dieu dans Jérusalem, rencontre entre celle qui n'a rien et qui donne tout et Celui qui est tout pour elle et qui reçoit tout ce qu'elle n'a pas pour le lui donner.

Nous avons aussi, nous, une veuve en nous-mêmes, une veuve qui a à donner de sa pauvreté, de sa tristesse, de sa peine et qui, de ce pauvre trésor, peut recevoir de Dieu l'immense trésor de sa tendresse, de son amour. Le pauvre est celui qui attend d'un autre son bonheur. Je crois que c'est la meilleure définition de la pauvreté. Le riche n'attend rien, il pense pouvoir subvenir à son propre bonheur, par ses propres richesses spirituelles ou matérielles. Le pauvre est celui qui attend de l'autre tout pour vivre et pour être heureux.

A la suite de cette veuve qui mettait de son indigence tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre, donnons au Seigneur notre vie, notre vie de ce jour, pour qu'Il la remplisse de sa richesse.

 

AMEN