VIOLENCE NÉCESSAIRE

Jg 7, 1-8 ; Mc 11, 15-19

(30 juin 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

e passage d'évangile sert souvent pour argu­menter en faveur d'une certaine violence de la part du Seigneur. Ce n'est pas tant la violence isolée du contexte qui pourrait nous aider à compren­dre la démarche de Jésus, mais un souci de vérité, un souci w de transparence dans la maison même que Dieu a remplie de sa gloire, ce Temple vénéré où les Juifs se rassemblent pour prier, "le marchepied de la gloire de Dieu." Jésus, le Fils de Dieu, l'envoyé de Dieu, fait place nette dans ce temple comme dans le cœur des hommes. Ce n'est pas tant une violence sur les objets, sur le matériel, sur le commerce, ce qui est déjà vrai, mais qui est insuffisant, qu'une violence contre l'encombrement du cœur des hommes. De fait, à la fin du passage on entend : "Le peuple était ravi de son enseignement !"

L'attitude, le comportement, la façon de faire de Jésus, déblaie l'intérieur du cœur de l'homme et l'homme se trouve comme apaisé. C'est comme une violence que Dieu déploie pour ouvrir et élargir le cœur comme on élargissait les tentes de Sion, dans les psaumes, pour que le peuple choisi prenne place. Cette violence est la façon dont Dieu prend posses­sion de chacun de nous. C'est la même violence qui sera celle de l'ange qui combat avec Jacob dans la nuit, violence qui ne se déploie pas pour elle-même mais pour laisser la place à la paix, à la présence de Dieu, à la joie de l'enseignement qui vient, parce qu'il est vrai, parce qu'il est juste, ouvrir le cœur à la vérité, à la justice que Dieu veut faire proclamer et faire en­tendre sur cette terre.

Ainsi ce n'est pas tant la violence qui est ar­gumentée ou qui est justifiée dans ce texte, mais c'est ce pour quoi elle est faite, ce pour quoi elle se dé­ploie, pour ouvrir et pour conclure une alliance de paix entre chaque cœur d'homme et le cœur de Dieu. Et de fait, "cette maison sera une maison de prière." Et la maison de prière c'est la maison de la paix.

On précise aussi dans le texte que "Il ne lais­sait personne transporter d'objets à travers le tem­ple." II empêche ces mouvements d'aménagement permanent qu'on devait voir sous les portiques de Salomon, afin que les hommes s'attellent à leur vrai travail qui est de se reposer et de trouver en Dieu leur paix. L'activité, le commerce dénoncé par le Christ est peut-être aussi la nôtre, le nôtre qui trouvons mille façons de résister à l'appel secret de la paix et de la prière. Une activité, un mouvement, autant d'événe­ments qui nous permettent de remplir notre cœur d'autre chose que de sa présence.

Demandons au Seigneur que l'appel profond mais discret de cette prière et de cette paix domine notre peur de nous approcher de Dieu et laissons-nous toucher par la force de son amour.

 

 

AMEN