LE JEUNE HOMME RICHE

Jg 6, 1-10 ; Mc 10, 17-22

(17 juin 1993)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

V

ous avez dans ce court passage de saint Marc un résumé très condensé de l'attitude et de la voie du chrétien. Souvent on ne retient de ce passage que l'interrogation du Christ, à savoir si l'homme qui interroge Jésus respecte les commande­ments que Dieu avait donnés. Mais le mot central de ce passage n'est pas tant "commandement" que "l'hé­ritage". "Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ?" Et finalement il y a quasiment comme un jeu de mots autour du mot héritage car c'est en raison même des richesses que ce jeune homme pos­sède et dont apparemment il ne veut pas se séparer, qu'il ne peut pas hériter d'un autre trésor.

Le rapport n'est pas tellement le rapport avec la Loi que le rapport de l'héritage et l'héritier. L'homme est à genoux, l'homme interroge, l'homme cherche, l'homme désire, prenant conscience que, dans sa vie, quelque chose lui manque, qu'il est pau­vre sur un certain plan et qu'il a besoin d'être enrichi. Question juste, question d'un homme droit et intègre tel que le Christ va le découvrir, puisqu'il répondra honnêtement qu'il respecte depuis sa jeunesse les commandements. Mouvement de désir qui le pousse à poser une question à Dieu et à vérifier dans son cœur qu'il est droit. L'amour de Dieu peut alors entrer dans son cœur, pénétrer en lui. Et il est beau ce passage qui précise : "Jésus posa son regard sur lui et l'aima."

Seulement il manque une deuxième démar­che, la première étant celle du désir, la question, la recherche. La deuxième démarche est d'aller plus loin dans ce désir et de s'appauvrir entièrement pour s'en­richir d'un autre trésor. Nous avons nous aussi à faire ce passage. Nous avons la première rencontre où nous tentons de rectifier notre vie intérieure, notre vie exté­rieure et de la rendre conforme aux commandements. Et à travers cette justice intérieure nous avons com­mencé à découvrir l'amour de Dieu et nous sommes dans ce rapport du regard de Jésus qui se fixe sur nous et qui nous dévoile son amour. Seulement nous n'avons pas été au-delà et nous sommes quelque peu comme l'homme contristé car nous avons de grands biens. Et avant même de penser à de grands biens matériels, nous avons la vie.

Vous vous rendez compte donc que ce pas­sage décrit la vie humaine dans son sens et dans son essence. De fait, une seule chose te manque, redonne-moi ce que je t'ai donné. "Vends-le, donne-le aux pauvres" fais-toi le plus pauvre parmi les pauvres, sois donc comme Moi, le Christ, "puis viens et suis-Moi !" Cette radicalité n'est peut-être pas à prendre au pied de la lettre en ce jour, selon la vocation qui est la nôtre. Mais c'est une préparation de notre vie pour qu'au jour où nous rencontrerons Dieu, nous soyons d'accord, pleinement d'accord de donner notre vie au Seigneur. Donner sans hésiter, sans rien garder pour soi, en ouvrant tout grand nos mains et notre cœur pour que tout lui soit rendu et qu'Il récapitule toute chose en sa vie. Alors notre cœur s'ouvrira, de triste qu'il était, deviendra joyeux et nous hériterons en plénitude de la vie éternelle.

 

 

AMEN