PRIÈRE, SOURCE DE L'APOSTOLAT

Jg 4, 12-16 ; Mc 9, 14-29

(10 juin 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

'ai dit à tes disciples de l'expulser et ils en ont été incapables !"

Le reproche de Jésus :"Engeance incrédule ! jusques à quand vous supporterai-je ?" s'adresse peut-être aux disciples, sûrement à toute cette foule qui, discutaille, scribes en tête, sur un propos grave qui est l'état de santé d'un enfant. Jésus n'accable pas ses disciples publiquement quant à cette incapacité qu'Il reconnaît Lui-même. Il respecte ce qu'on appelle "la solidarité gouvernementale". Cependant, en privé, en conseil des ministres, à huis clos, la discussion reprend, de la part cette fois-ci des disciples. "Nous autres, pourquoi nous n'avons pas pu l'expulser ?" Pourquoi notre apostolat a été stérile ? Pourquoi nous n'avons pas pu le faire ? Alors qu'il semble que ce père avait mis sa confiance dans ces disciples, se di­sant : Si le maître en est capable, les disciples doivent pouvoir le faire.

C'est une question qui nous est souvent posée. Pourquoi l'Église est-elle incapable, collectivement en tant que communauté chrétienne, d'expulser, de chas­ser le mal, du guérir ? C'est une question qui nous est aussi parfois posée personnellement et que nous nous posons à nous-mêmes. Pourquoi suis-je incapable d'expulser, non pas d'abord les démons des autres, ce qui est une chose, mais d'abord les miens ?

Les deux réponses de Jésus nous éclairent. Je commence par la seconde. "Il y a une espèce de dé­mon qui ne peut sortir que par la prière." Au fond, Jésus dit à ses disciples : Vous avez discuté d'argu­ments, de théologie biblique, d'Ecriture ou d'autres. Vous avez peut-être fait des gestes d'exorcisme, de guérison. Cependant vous avez oublié l'essentiel et la source de l'apostolat. La prière est la source de la fé­condité apostolique, la prière est la source de toute fécondité chrétienne. La source, en tout cas, qui jaillit de nous. Nous verrons tout à l'heure qu'il y a une autre source nécessaire qui ne vient pas de nous. Alors, face au démon, au mal qui entraîne si souvent de nombreu­ses discussions entre nous ou avec nos frères non croyants, mal croyants, à plus forte raison athées, quelle est notre réponse ? Est-ce que nous discutons comme ces scribes et ces foules en oubliant cet impé­ratif que le Seigneur Jésus nous rappelle à chacun et à son Église entière, la prière ?

Ici la prière n'est pas une action parmi d'au­tres. Elle n'est pas un acte qui pourrait être plus effi­cace que d'autres. La prière est cette permanence de disposition, d'ouverture à la grâce du Christ. Car s'il n'y a que la prière qui entraîne la guérison, c'est parce que la prière permet d'accueillir totalement le don de Dieu. C'est pourquoi immédiatement, Jésus engagera la réflexion sur la foi. "Engeance incrédule !" La foi, nous la recevons, la prière, c'est notre réponse à la grâce de la foi. Et c'est dans cette foi reçue et cette prière qui est réception permanente de la foi que se trouve la fécondité, que se trouve la guérison, que se trouve notre relèvement. La prière n'est pas une acti­vité parmi d'autres, fût-elle religieuse ou liturgique, elle n'est pas inscrite dans notre journée après le petit déjeuner, les courses, et avant les récréations d'après-midi. La prière est une disposition volontaire de toute notre vie à la présence du Christ qui veut, Lui, nous relever en permanence. La prière est cette disposition nécessaire comme réponse à la foi, sans laquelle le Christ, en sa grâce, ne peut pas nous sauver. La toute puissance de Dieu n'est pas magique. Elle respecte tellement notre liberté que si celle-ci n'est pas une réponse sous forme de prière, nous rendons stérile la grâce du salut.

 

 

AMEN