RENDRE GLOIRE A DIEU
1 R 5, 15-21 ; Mc 4, 1-20
(2 février 993)
Homélie du Frère Michel MORIN
|
C |
haque proclamation de l'évangile, dans la liturgie de l'Église, est entourée, est saisie par deux acclamations de louange, soit au début, après que le prêtre ait invité à l'écoute de la Parole de l'évangile, soit à la fin, une fois qu'elle a été proclamée. C'est pourquoi la première attitude du chrétien en entendant, en écoutant et en recevant l'évangile, c'est de rendre gloire à Dieu. Ce n'est pas d'abord de savoir comment il va arranger sa vie avec l'évangile ou l'inverse. C'est de "rendre gloire à Dieu" parce que la Parole est semée, parce que la Parole est donnée, parce que le Verbe de Dieu s'est fait chair et qu'Il a été semé, au jour de son Incarnation et de sa Rédemption, dans toute terre. Le Verbe de Dieu s'est incarné pour tous les hommes, quels qu'ils soient, de tous les temps, de toutes les époques. Et la première attitude de l'Église c'est de rendre gloire, c'est de remercier, c'est de chanter son action de grâces et sa louange parce que Dieu a accompli la promesse faite aux Pères, Il a donné au monde le fruit de son amour, le pardon, la rédemption. Est-ce vraiment cette attitude qui habite lorsque, chaque jour, vous entendez l'évangile ?
Si vraiment c'est cette attitude, alors vous aurez à cœur de le recevoir et pas simplement de l'écouter, en vous disant peut-être au début de cet évangile : je connais, il n'y a plus rien à savoir. C'est la louange pour Dieu, c'est l'action de grâces pour le don qu'Il nous fait qui ouvre notre cœur à la réception de ce don. C'est d'ailleurs pourquoi, souvent, nous recevons si peu. C'est pourquoi notre cœur est si peu ouvert à la Parole de Dieu car étroitement préoccupé de beaucoup d'autres choses, fussent-elles d'ailleurs religieuses quant à notre vie personnelle. Acclamation et action de grâces parce que l'évangile est semé dans la chair du Christ, c'est cela qui ouvre notre cœur. C'est la deuxième question qu'il faut se poser et elle est en corollaire avec la première. Est-ce que, aujourd'hui comme chaque jour, mon action de grâces pour remercier le Seigneur ouvre mon cœur à recevoir justement ce pour quoi je le remercie ? et que ce ne soit pas simplement, quotidiennement, un rite chrétien.
Le troisième point c'est que cette Parole de Dieu, si elle est reçue au plus profond de nous-même, contribuera à deux choses. D'abord à purifier la terre, à bien savoir que, si nous la recevons et qu'elle ne produit pas de fruit, c'est parce que dans notre cœur il y a des obstacles. Mais, au fond, il n'y a que le paysan qui connaît sa terre et qui sait où sont les obstacles, pas le passager qui regarde l'horizon sans s'occuper de la terre et du chemin. Est-ce que nous sommes paysan de notre vie ? paysan de notre terre ? de notre cœur ? pour savoir quelle est la densité de bonne terre et où se nichent les semences d'ivraie, les semences de ronces, le cœur de pierre, le terrain pierreux. Ne pas écouter la Parole de Dieu avec attention c'est accepter de ne pas voir son péché. "Ils entendent et ils ne voient pas."
Et le quatrième point, recevoir la Parole de Dieu dans la terre de sa vie, ce n'est pas pour nous, d'abord. Car lorsque le paysan sème dans son champ c'est pour récolter. Et si une partie de la récolte, qui n'est pas la plus importante, retournera à la terre pour qu'elle produise à nouveau, la majeure partie de la récolte c'est pour engranger. Il s'agit d'une semence, il s'agit de blé "trente pour un, soixante pour un, cent pour un" et le blé c'est le pain, et le pain c'est ce que nous partageons aux autres, d'abord. La Parole de Dieu, nous la recevons dans l'action de grâces. Il n'y a que cette attitude qui ouvre largement notre cœur pour que cette Parole nous éclaire sur les zones d'ombre et d'obstacle, mais est-ce que nous voulons recevoir la Parole de Dieu pour la cuire au feu de notre amour et de notre don, mais pour les autres ? et pas uniquement à usage strictement personnel, strictement paroissial ou écclésial ? le pain de Dieu, la chair du Christ n'est pas uniquement pour les pratiquants réguliers. Elle est pour tous les hommes. Et tant que tous les hommes n'auront pas leur part de pain, cette Parole n'aura pas encore "achevé sa course" au long de l'humanité. Mais cette part de pain ne peut leur être donnée que si le blé semé produit et si nous, qui sommes déjà ceux qui récoltons déjà dans ce monde que Dieu nous donne, nous savons le partager avec tous nos frères. Les plus grands mendiants sont ceux qui ont faim du pain de Dieu, ils errent justement sur les chemins, sans savoir qu'à-côté d'eux certains reçoivent, récoltent et mangent ce pain. C'est peut-être parce qu'ils passent trop vite, mais c'est peut-être aussi parce que nous-mêmes sommes beaucoup trop installés.
C'est cela aussi ultimement l'action de grâces : Je rends gloire à Dieu en recevant le pain, parce qu'il me fait vivre, me purifie et que je puis le partager aux autres. Si ce n'est pas cela célébrer l'eucharistie, qu'est-ce que c'est ?
AMEN