LE PLUS GRAND COMMANDEMENT
Rm 5, 12-15+17 ; Mc 12, 28-34
(29 juin 1992)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
|
I |
l n'y a pas de plus grand commandement que ceux-là !" Vous avez remarqué ce léger déplacement de la réponse de Jésus par rapport à la question du scribe. Le scribe demande : "Quel est le premier commandement ?" Quand on parle de premier, de première chose on parle d'une chose unique puisque tenant la première place. Jésus répond à la question en citant la fameuse prière d'Israël : "Ecoute Israël, tu aimeras le Seigneur ton Dieu !" et ajoute immédiatement "et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même", puis Il les associe comme ex-aequo en disant : "Il n'y a pas de plus grand commandement que ceux-là !" c'est-à-dire que si le scribe a posé la question de la première place, Jésus répond qu'il y a un premier commandement et un second mais qu'en réalité il n'y en a pas de plus grands que ceux-la, comme si Jésus avait voulu s'interdire et interdire au scribe de penser que le commandement de Dieu était plus grand que celui de l'amour du prochain. Ils sont mis tous les deux "dans le même sac", sur le même pied.
C'est pour cela que le scribe qui a entendu la leçon récite son catéchisme et il inclut la deuxième partie qui n'était pas dans la prière qu'il disait trois ou quatre fois par jour. Et Jésus, voyant qu'il a bien compris, qu'il a inséré le second commandement dans le premier lui dit : "Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu !" Il y a là toute la théologie du Nouveau Testament. Non seulement la théologie au sens de nous dire comment se comporter mais toute l'explication du Nouveau Testament, d'insérer dans la confession de Dieu la nécessité d'aimer son prochain.
Au lieu d'avoir un décalogue ordonné avec des numéros et des rimes au futur, le Nouveau Testament a les deux premiers numéros mis sur le même plan. "Il n'y a pas de plus grand commandement que ceux-là !" Précisément parce que Jésus est là. Et c'est pour cela qu'Il dit au scribe : "Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu !" En unissant Dieu et l'homme en Lui-même, il a fait que l'amour de l'homme devient aussi radicalement précieux et important que l'amour de Dieu. Il a fait que l'amour du prochain devient organiquement le sacrement, le signe de l'amour de Dieu. Et c'est là le résumé de tout l'enseignement de Jésus. C'est là le mystère propre de notre manière d'exister comme chrétien. Désormais, lorsque nous sommes devant le frère, nous somme devant le sacrement du Dieu unique. Lorsque nous sommes devant ceux qui nous entourent, ceux qui nous sont proches, c'est Dieu qui se rend proche de nous à travers eux.
Désormais "il n'y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre" car chaque personne humaine devient le sacrement de la présence de Dieu. Voilà pourquoi les deux commandements n'en font qu'un parce que pour comprendre l'amour de Dieu il faut passer par le chemin de l'amour du prochain, et pour comprendre l'absolue exigence de l'amour du prochain, il faut fonder cet amour du prochain dans l'amour du Dieu unique que nous devons aimer de tout notre cœur.
Lorsque nous recevons l'eucharistie, avant de recevoir l'eucharistie, de la plus haute antiquité puisque c'est le premier souvenir, la première description que nous avons de la célébration eucharistique, dans un texte de saint Justin vers les années 150, nous voyons qu'il y a toujours les deux gestes associés, la paix que l'on se donne les uns aux autres et le pain, le corps du Christ que l'on reçoit. C'est le sacrement. Au moment même où on va recevoir l'amour de Dieu dans la chair livrée et dans le sang versé, nous rappelons que l'amour du prochain fait corps avec l'amour de Dieu pour nous et notre amour pour Dieu.
AMEN