L'HYPOCRISIE
2 S 19, 16-24 ; Mc 7, 1-13
(21 février 1992)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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'hypocrisie décrite dans ce passage d'évangile semble être une maladie qui frappe ceux qui s'approchent de trop près la religion. Et donc nous, pratiquants quotidiens de l'eucharistie, nous y sommes de fait plus exposés que les autres. Il est vrai que quand nous écoutons cet évangile, il nous semble manquer de bon sens, que les pharisiens sont un peu obtus dans leur respect rigoureux de leurs traditions, au point d'oublier, avant de parler de parole de Dieu du simple bon sens d'aider son père ou sa mère.
Il y a pourtant derrière cet évangile un enseignement profond quant à la façon dont notre "entrée en religion", notre dévotion, notre recherche de Dieu, peut briser en nous notre unité et faire de nous différentes parties non unies entre elles. En effet, lorsque nous sommes avec Dieu, dans une relation de culte avec Dieu, nous sommes tournés vers sa lumière et nous sommes donc en position de recevoir de Lui la lumière qui est vie pour nous. Ce que Jésus veut dénoncer dans cet évangile sous le terme d'hypocrisie c'est que nous sommes toujours partiellement tournés vers Lui et qu'une partie de nous-même est de l'autre côté et n'est pas tournée vers Dieu et qu'il y a donc danger pour nous de nous croire saisis par Lui alors que notre humanité ne l'est que partiellement.
C'est l'unité qui est visée, l'unité de l'homme. Et il est vrai qu'il est plus facile de s'exposer partiellement à Dieu que d'attendre que sa grâce nous rejoigne là où nous sommes, parce que nous sommes immobilisés par nos péchés. Et nous préférons en quelque sorte avoir un élan religieux avec Dieu, quitte à laisser un peu de nous-même derrière, pour profiter et goûter cette saveur divine. Mais nous prenons le risque de nous couper, de nous scinder en deux et d'offrir au Seigneur qu'une part de nous-même qui est assez vivante.
Or tout l'évangile semble viser cette intégralité de l'homme et même la pose comme une nécessité vitale pour que Dieu puisse faire en nous sa demeure. Il nous faut donc réfléchir sur la façon dont nous nous exposons au Seigneur, dont nous offrons au Seigneur notre humanité. N'avons-nous pas tendance à laisser dans l'ombre quelques éléments qui nous paraissent moins intéressants, moins dignes d'intérêt, ce qui est peut-être vrai, mais a pour conséquence de nous exposer devant le Seigneur comme "en pièces détachées" ? Dans ce cas, Il ne pourra pas faire de cet homme écartelé le lieu de sa grâce. Avant de juger de ce qui est bon ou mauvais à présenter au Seigneur, demandons plutôt que nous puissions être exposés totalement et intégralement devant Lui. Alors Lui saura juger et discerner ce qu'il faut rejeter et ce qu'il faut garder. Il y a dans l'hypocrisie une volonté d'être son propre juge. Et c'est un prétexte qui n'est pas si évident à décrypter en nous car il y a toujours en nous trace ou danger d'hypocrisie face à Dieu ou tout au moins face aux autres.
Demandons, sans culpabilité, que nous soyons de nouveau saisis par cette grâce qui est plus grande que ce que nous voyons en général, afin que l'ensemble de notre humanité reçoive cette grâce de pardon qui est une grâce de vie. Qu'elle nous rejoigne comme elle nous a rejoints au baptême, afin que toute notre soit exposée à ce feu de Dieu.
AMEN