ILS ÉTAIENT DANS LA STUPEUR
2 S 18, 31-19,5 ; Mc 6, 45-56
(20 février 1992)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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I |
ls étaient dans la stupeur car ils n'avaient pas compris le miracle des pains. " Si les disciples n'ont pas encore compris toute la portée du geste de Jésus lorsqu'Il nourrit les foules, manifestant ainsi prophétiquement qu'Il veut être le pain de vie, la nourriture du cœur de l'homme, à combien plus forte raison n'avaient-ils pas compris non plus, et c'était peut-être un autre motif de stupeur, voire de peur, le miracle de la marche de Jésus sur les eaux de la mer.
En effet, ce miracle-là n'est pas aussi spectaculaire au sens où il ne nourrit pas les foules et s'est passé simplement dans l'intimité du Christ, "à la quatrième veille de la nuit" c'est-à-dire très tôt le matin, avant le lever du soleil. Cependant ce signe que Jésus a donné à ses disciples avait une importance décisive. Vous le savez, c'est un lieu commun dans la tradition symbolique de la Bible, la mer est le lieu de la mort. Et ici encore, ce symbolisme de mort, d'usure, d'épuisement de l'homme dans sa lutte pour la vie est souligné par le fait que les disciples "rament" comme l'on dit aujourd'hui et que le vent leur est contraire. Donc ils sont dans la mort, avec cette triple symbolique du vent contraire, des eaux de la mort et de l'obscurité de la nuit, c'est-à-dire désorientés dans cet espace de mort.
C'est là que Jésus accomplit un signe qui consiste simplement à passer Lui aussi sur les eaux de la mer, mais à aller plus vite que les disciples. Là où les disciples peinent avec leurs avirons, Jésus, dans une sorte de légèreté, d'immatérialité, traverse et domine cet espace de la mort, affirmant ainsi sa seigneurie sur la mort. En réalité, cette marche sur les eaux est un signe prophétique de résurrection. Et il est prophétique jusqu'au bout car, après que Jésus les ait doublés, qu'Il ait donc manifesté qu'Il est littéralement "le premier-né d'entre les morts", le premier à vaincre la mort, alors tout simplement Il monte dans la barque, c'est-à-dire Il se solidarise avec ceux qui sont encore aux prises avec la mort, en train de ramer et de s'épuiser contre le vent. Et à ce moment-là, le Christ arrête le vent qui est contraire à la marche des disciples. A partir du moment où le Christ s'est solidarisé avec sa communauté dans la barque, dans l'Église, à partir du moment où Il a fondé l'Église par le fait que Lui, le vainqueur de la mort, s'engage dans la destinée des hommes qui sont aussi confrontés à la mort, alors Il apaise la puissance du vent et les disciples regagnent l'autre rive, la rive du Royaume.
Cela peut nous paraître curieux que Jésus ait ainsi prophétisé sa mort et sa résurrection, mais ce que je trouve très beau, c'est que, dans ce geste, dans cette annonce prophétique, Jésus, après avoir doublé la barque des disciples, monte dans cette barque.
Car c'est exactement la situation de l'Église. Nous aussi, nous sommes encore dans la mort. Celui qui est dans la barque, la barque de l'Église, c'est Celui qui a vaincu la mort, c'est Celui qui est encore capable de calmer les vents de toutes les tempêtes, même si nous sommes encore sur l'espace de la mort, en train de voguer sur la mer.
Alors demandons au Seigneur qu'Il nous donne la grâce de comprendre à quel point, par sa présence, son Incarnation, Il est vraiment "embarqué" sur le même navire que nous et que le mystère de l'Église c'est d'être embarquée avec ce Dieu qui n'a pas refusé la mort, qui ne s'en est pas écarté, qui n'a pas simplement voulu montrer ses prouesses sur la mort mais qui, après avoir vaincu la mort, s'est embarqué dans le navire de l'histoire de l'Église, s'est embarqué dans la barque des disciples avec nous. Il y est encore aujourd'hui.
AMEN