NOTRE PROPRE MORT
2 S 18, 9-17 ; Mc 6, 14-29
(18 février 1992)
Homélie du Frère Michel MORIN
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a mort d'Absalom d'une part, la mort de Jean-Baptiste de l'autre, nous donnent de méditer sur le sens de cet événement, notre propre mort. Absalom était un fils de David. Il avait pris fait et cause contre son père et il est mort accidentellement dans cette situation de révolte, de violence. Nous dirions que c'est une mort accidentelle et un peu bête.
Jean-Baptiste, le Précurseur du Christ, Fils de David "le roi selon le cœur de Dieu " est mort non d'une façon accidentelle mais dans la conséquence d'une haine acharnée parce qu'il avait dénoncé le péché d'Hérode et d'Hérodiade, parce qu'il avait dénoncé le péché du monde, parce qu'il avait dénoncé la révolte de l'homme contre Dieu.
Au premier, on pourrait appliquer cette phrase du psaume : "Dieu ne veut pas la mort du pécheur, du révolté, mais qu'il vive !" Au second, cette autre phrase du psaume : "Elle est précieuse aux yeux du Seigneur, la mort de ses amis !" Et il y a en nous, à la fois, l'homme révolté contre Dieu, contre son Christ, contre son Envoyé, le nouveau David, et l'ami de Dieu, celui qui donne sa vie pour Lui, veut témoigner de Lui et celui qui, dans l'innocence ou dans la confiance est prêt à aller jusqu'au bout, jusqu'au terme de l'offrande. Oui il y a en nous à la fois Absalom et Jean-Baptiste. Et ce que nous pouvons méditer c'est la parole du Seigneur sur nous-même lorsque adviendra notre propre mort : "Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu'il vive !" et en même temps, Il nous dira : "La mort de mes amis est précieuse à mes yeux!" Et c'est dans cet unique regard du Seigneur sur notre dualité, sur la duplicité qu'il y a en nous, d'être à la fois pécheur, révolté et en même temps ami de Dieu, c'est cet unique regard du Christ qui, au fond, nous réconciliera avec nous-même, et fera en sorte que tout ce qu'il y a en nous de péché, de révolte, de défaites, de blessures, sera entraîné dans le pardon du Seigneur. Et tout ce qui de notre vie aura été précieux sera engrangé dans sa maison et dans son cœur.
Il y avait jusqu'à ces dernières années une tradition de la piété chrétienne qui était de prier pour "obtenir une bonne mort". Cela c'est un peu perdu. C'est peut-être un petit peu dommage car, nous le savons, un jour cet événement nous atteindra, peut-être cet après-midi, peut-être dans trois jours, peut-être dans quarante ans. A la limite peu importe les circonstances. Mais ce qui compte c'est que nous y pensions de temps en temps non pas comme quelque chose d'effrayant, de douloureux et pénible, non pas comme quelque chose qui sera la ténèbre absolue, mais comme cette rencontre avec Dieu. Car notre recherche quotidienne de Dieu, le fait que nous soyons ici, est quand même intérieurement motivée par notre désir d'être toujours avec Lui, de vivre avec Lui, de le contempler, d'entrer dans sa vie. Nous savons que cette porte d'entrée, cette Pâque, ce passage, ce sera justement notre propre mort quelles qu'en soient les circonstances.
Alors je crois et je vous rappelle qu'il est bon que nous puissions demander au Seigneur d'avoir une bonne mort. Non pas une mort où l'on soit inconscient, il a fait une bonne mort, il n'a rien vu, il n'a pas souffert. Je ne suis pas sûr qu'au niveau chrétien ce soit la meilleure. Il faut en tout cas que nous demandions ce temps de préparation où ce mystère qui est à la fois celui de notre finitude et celui de la bonté de Dieu pour nous, ce mystère nous ayons le temps de l'approcher, de l'apprivoiser, de le faire nôtre, de nous l'assimiler, afin que ce soit peut-être le plus bel acte, l'acte le plus profond de notre vie, celui-là même de notre mort.
Alors que ces deux morts apparemment tout à fait différentes, et c'est vrai qu'elles l'étaient aux yeux des hommes, mais dans le regard de Dieu c'est toujours sa miséricorde qui entre en jeu, c'est toujours sa vie qui est victorieuse, que ce soit la mort du pécheur ou la mort de celui qui est intime et ami de Dieu, que ces deux épisodes nous rappellent que nous sommes nous aussi appelés à cet événement, que nous serons d'une façon ou d'une autre happés par cet événement et qu'il faut nous y préparer, moins peut-être à l'événement qu'à la rencontre de Dieu puisque cette rencontre de Dieu doit nous permettre de vivre cet événement dans les meilleures conditions humaines et dans les meilleures conditions spirituelles. Une bonne mort, c'est de savoir, dès aujourd'hui, que nous sommes appelés à cette finitude terrestre, mais que nous sommes surtout appelés à vivre dans la bonté de Dieu, que nous sommes surtout appelés à ce que tout ce que nous sommes aujourd'hui soit un jour transformé, soit un jour transfigure, soit un jour purifié pour que nous soyons vraiment, pour l'éternité, un ami de Dieu.
Que cette eucharistie où le Christ nous donne son corps mort et ressuscité soit déjà en nous les prémices de ce passage. Que cette eucharistie nous apprivoise à notre propre mort en célébrant encore une fois avec Lui la mort et la Résurrection du Seigneur.
AMEN