JÉSUS EST MAL VU DE SES PROCHES
2 S 16, 5-13 ; Mc 6, 1-6
(15 février 1992)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e n'insisterai pas sur cette mention des frères de Jésus et de ses sœurs dont des exégètes mal intentionnés se sont servis pour dire que la vierge Marie avait eu d'autres enfants car à l'époque de Jésus le terme de frères recouvrait aussi celui de cousins.
Je préfère m'arrêter au fait que Jésus est mal vu, mal compris de ses proches sa propre patrie, sa propre parenté, son propre village de Nazareth ne le reconnaissent pas alors que partout ailleurs les foules sont émerveillées par ses miracles. Nous avons là déjà une annonce de la Passion du Christ, de ce moment où Il va être rejeté par tous et où Il va, seul, s'avancer sur la montagne du Golgotha.
Je crois que le texte de la première lecture qui nous relate un passage de la Passion de David est une annonce prophétique de cette montée de Jésus vers le Calvaire, vers sa mort et vers sa solitude. De même que Jésus a été rejeté par ses proches, par ceux de sa propre patrie, de même David est rejeté par son propre fils, Absalom qui veut prendre le trône à sa place. De même que Jésus est monté au Calvaire, a gravi cette montagne chargé de la croix, de même David est monté sur la montagne qui l'éloignait de Jérusalem rejet et maudit. Et de même que les grands prêtres et les foules injuriaient Jésus portant sa croix, de même nous voyons Shiméi maudire David.
A vrai dire quand Shiméi maudit David parce qu'il a remplacé Saül, il est peut-être de bonne foi mais il se trompe car David n'a pas tué Saül, David n'a pas usurpé le trône car c'est Dieu qui le lui a donné. Saül est mort à la guerre ainsi que son fils Jonathan. D'ailleurs, par amour pour David, Jonathan lui avait déjà cédé son trône. Pourtant quand Shiméi dit de David qu'il est "un homme de sang" ce n'est pas faux. Même si ce n'est pas à propos de Saül et de sa maison, David avait fait Urie pour pouvoir épouser sa femme Bethsabée. Et Dieu avait pardonné ce péché pourtant terrible de David, mais Il avait prévenu que les conséquences de ce péché ne pourraient pas s'arrêter. Celui qui répand le sang sera recouvert par le sang. Dieu avait dit à David : "le sang ne s'éloignera plus de ta maison." Et voilà que du propre sang de David Absalom se lève pour le rejeter, pour le bannir, pour lui voler sa royauté. Et David s'en va portant l'opprobre, portant la malédiction, accusé d'être un homme de sang. Le péché, même pardonné, a des conséquences que la miséricorde de Dieu ne peut pas toujours empêcher, car Dieu n'est pas un grand manitou qui fait n'importe quoi et ce qui a existé ne peut pas ne pas avoir existé et ne pas produire des fruits. C'est pourquoi souvent le mal s'empare des hommes parce que le péché des hommes fructifie en mal. Si David connaît ainsi l'opprobre c'est parce qu'il a lui-même mis sa main dans le sang pour l'opprobre des autres.
La différence avec Jésus apparaît ici de façon claire. La passion de David, c'est sa propre passion. Il souffre pour ses propres péchés. Jésus, Lui, est rejeté mais non pas parce qu'Il est un homme de sang. Ou plutôt si, Il est un homme de sang mais non pas du sang qu'Il aurait versé, mais du sang que nous, nous avons versé. Quand Jésus subit le Passion, quand Jésus est rejeté, quand Jésus est maudit, quand Jésus est méconnu, quand Jésus monte au Calvaire en portant la croix, c'est bien le poids de nos péchés qu'Il port et le poids de toutes ces conséquences de nos péchés, de tout ce sang qui s'accumule de génération en génération, de toutes ces haines et de toutes ces guerres que nous ne cessons de produire et qui à un moment donné nous échappent, car nous avons voulu le mal, mais nous ne sommes pas toujours rendu compte de la puissance, de la force et de l'horreur de ce mal dans lequel nous avons trempé. Jésus monte, comme David, Il gravit la montagne, chargé d'opprobre, Il y monte comme un homme de sang, mais parce que c'est nous qui avons versé le sang de nos frères sur les épaules du Christ. Et quand Il versera son propre sang, ce sera en rémission de nos péchés, en réparation de tout ce sang que nous avons versé, en compensation de tous ces manques d'amour qui ont fait de notre vie une vie misérable, une vie pauvre, une vie pécheresse. Le Seigneur nous sauve parce que son amour est plus grand que notre manque d'amour.
AMEN