LE PARFUM RÉPANDU
Gn 7, 17-24 ; Mc 14, 3-11
(5 juin 1991)
Homélie du Frère Bernard MAITTE
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Q |
ue peut signifier pour nous le geste de cette femme qui verse un parfum sur la tête de Jésus? Ce parfum c'est un peu comme l'huile "trois en un". Je m'explique. Il y a trois choses qui sont ainsi signifiées lorsque le parfum est répandu sur la tête de Jésus.
Tout juif pieux devait remplir certaines conditions pour être un homme parfait. Il devait méditer, lire et accomplir la Loi. Cette loi s'exprimait à travers le culte et ce culte et cette Loi prenaient tout leur épanouissement quand le juif pieux faisait ce qu'on appelait "les bonnes œuvres". Ainsi la Loi c'était cette Parole de Dieu qu'Il avait donnée à son peuple, afin qu'il puisse le connaître et l'écouter. Le culte c'est ce qui permettait à l'homme d'être relié à son Dieu par la prière, le sacrifice, d'être ainsi uni à son Créateur. Et l'œuvre, c'était l'exercice même de l'amour et de la bonté qui devait rejaillir de la Loi et du culte ainsi accomplis. C'était l'attention au plus pauvre, au plus petit. La Loi prévoyait que tous les pauvres devaient disparaître du pays d'Israël.
Le jour où cette femme arrive, les disciples et les gens qui entourent Jésus discutent pour savoir si l'on n'aurait pas mieux fait de vendre le parfum pour en donner le prix aux pauvres. Cette femme réalise en fait le summum de la Loi, de la piété ou du culte et aussi des bonnes œuvres. En effet, elle a devant elle la Parole faite chair. Et verser sur la tête son parfum, ce qu'elle a de plus cher, c'est signifier son attachement à la vérité de la Parole de Dieu, à cette Loi qui s'est accomplie, à cet homme qui vient, en sa chair, transfigurer, accomplir et non pas abolir la Loi. C'est aussi une œuvre religieuse qui lui permet d'être reliée à son Seigneur. Elle manifeste ainsi tout son amour dans un acte rituel, presque de culte, je dirais donc cultuel, elle manifeste le lien qui existe entre l'homme et Dieu. Ainsi donc elle accomplit non seulement ce que le Christ dira plus tard, en vue de son ensevelissement, mais l'acte de culte qui la fait s'inscrire déjà dans la Pâque du Seigneur, dans la Passion et la Résurrection.
Et le troisième geste que fait cette femme c'est bien celui des bonnes œuvres car elle a en face d'elle Celui qui est bien le plus pauvre, Celui qui, comme le dit l'épître aux Philippiens "n'a pas fait l'harpagon avec sa divinité" mais s'est incarné, est venu dans les profondeurs de notre humanité, c'est ce qu'on appelle la kénose, et connaîtra encore la plus grande pauvreté, celle de la mort, celle de l'isolement. Elle s'est donc là aussi, inscrite dans la passion, la mort et la résurrection du Seigneur, afin d'accomplir l'œuvre capitale, s'intéresser à Celui qui, en ce jour, était le plus pauvre devant elle.
Il ne faut donc jamais dissocier parole, culte et bonnes œuvres. Et lorsque nous sommes en train de célébrer Notre Seigneur, nous refaisons le même geste. Nous écoutons la Parole, nous essayons de la comprendre, de la connaître, non en restant extérieurs mais en intégrant cette Parole par l'union, par la communion à Notre Seigneur dans le sacrement de l'eucharistie. Et cela n'a d'intérêt que si effectivement c'est un rejaillissement sur toute notre vie et si ce qu'on appelle nos bonnes œuvres s'enracine au cœur même de cette écoute de la Parole de Dieu, de cette vie avec Lui et de l'intérêt que l'on porte au plus pauvre. "Ce que vous avez fait au plus petit d'entre les miens, c'est à Moi que vous l'avez fait !"
Essayons de ne point dissocier, de ne point compartimenter notre vie car l'écoute de la Parole, la prière et les bonnes actions sont la réalisation plénière de l'amour de Dieu pour nous, si véritablement nous donnons tout ce que nous avons de plus cher, ce parfum qui doit couler encore aujourd'hui sur la tête du Christ lorsque nous écoutons sa Parole, lorsque nous prions, lorsque nous aimons.
AMEN