SECONDE MULTIPLICATION DES PAINS

2 S 5, 17-25 ; Mc 8, 1-10

(12 février 1991)

Homélie du frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e récit est celui de la deuxième multiplication des pains. Ce geste de grande tendresse pour les hommes, Jésus l'a accompli deux fois pour nous dire que Dieu ne se lasse pas. Il ne craint pas de se répéter inlassablement. Dieu ne se fatigue pas de venir à notre secours. Et le motif de cette multiplica­tion des pains comme de la première, Jésus le dit ex­plicitement : "J'ai pitié de cette foule !" La compas­sion de Dieu est inlassable. La miséricorde de Dieu est inlassable. Et devant toutes nos inventions, tous nos péchés, toutes nos fautes, Dieu ne se lassera ja­mais. Mais je remarque aussi que cette compassion de Dieu ne va pas seulement à nos malheurs spirituels, à nos fautes, mais aussi à nos détresses. Ici ces hommes qui entourent Jésus ne sont pas spécialement pé­cheurs, ils ont faim, ils n'ont pas de quoi manger. Et Jésus est attentif aussi à leur détresse physique, à leur manque de nourriture corporelle. Dieu n'est pas seu­lement le Dieu des esprits, Dieu est le Dieu de l'homme tout entier. Et son attention, sa délicatesse, sa tendresse sa grâce, ne va pas seulement à notre cœur, à notre esprit, mais aussi à notre corps. Dieu se soucie avec autant d'attention des besoins de notre corps que des besoins de notre âme.

Inlassable miséricorde, miséricorde qui s'étend à notre être tout entier. Et puis, profusion car quand Dieu veut subvenir à nos besoins, quand Il vient vers nous, Il ne le fait pas à moitié, Il ne le fait pas en s'en tenant à la juste proportion. Non seule­ment Il a rassasié quatre mille personnes, mais encore il reste sept corbeilles de pain. Dieu ne mesure pas, Dieu ne compte pas, Dieu n'est pas "près de ses sous". La grâce de Dieu, toujours, déborde tout autour de nous, en avant et en arrière de nos besoins.

Alors si nous savons que Dieu est attentif à tout ce que nous sommes, à nos difficultés les plus humbles et qui nous sembleraient, en soi, négligeables aux yeux de Dieu, je connais des personnes qui disent : pour cela, il n'est pas nécessaire de déranger Dieu ! Pourquoi le prier pour une chose si secondaire ! sa­chons que rien n'est secondaire aux yeux de Dieu mais que tout est important à ses yeux parce qu'Il nous aime et que sa tendresse s'adresse à tout ce que nous sommes dans les moindres détails.

Confiance, donc, en ce Dieu attentif au moin­dre de nos besoins, confiance en ce Dieu inlassable qui, malgré la répétition fastidieuse de nos difficultés, de nos péchés, de nos infirmités ou de nos besoins, ne cesse jamais de venir à notre rencontre. Confiance en ce Dieu qui est généreux au-delà des limites du rai­sonnable, qui est magnanime, qui fait grand, qui ne regarde pas à la juste quantité mais qui sait nous en­gloutir en quelque sorte sous la profusion de ses grâ­ces.

Au moment où nous allons rentrer dans le ca­rême, venons avec confiance vers ce Dieu de miséri­corde et de bonté.

 

 

AMEN