VOUS ÊTES TOTALEMENT DANS L'ERREUR
Jc 5, 7-11 ; Mc 12, 18-27
(25 juin 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN
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I |
l n'est pas absolument certain que vous preniez cette parole de Jésus pour votre compte personnel, mais cependant, ce dont je suis certain c'est que beaucoup d'hommes, et cela ne m'étonne pas, et beaucoup de chrétiens n'accepteraient pas cette parole de Jésus sur la résurrection des morts, sur la résurrection de la chair, sur la vie éternelle de notre corps. Aujourd'hui, et c'est très significatif de notre temps, s'infiltrent dans la conscience chrétienne un certain nombre d'idées totalement païennes quant-à la fameuse survie, notre survie au-delà de la mort. Il n'est pas du tout rare d'entendre des fiancés, baptisés, première communion, catéchisme, qui ont tout fait comme on dit, il n'est pas rare d'entendre des parents venant demander le baptême, il n'est pas rare dans les réunions de catéchistes d'entendre des chrétiens fort pratiquants d'ailleurs qui vous affirment : de toute façon, nous ne croyons pas à la résurrection des morts, nous ne croyons pas à la vie éternelle. Donc cette parole de Jésus : "Vous êtes grandement dans l'erreur", beaucoup d'entre nous peuvent si ce n'est totalement en tout cas partiellement, la prendre à leur compte.
Quant à vous, la résurrection de votre chair, la résurrection de votre corps, la vie éternelle de tout ce que vous êtes maintenant, y croyez-vous vraiment? Ou pensez-vous que, après ce temps de vie terrestre où la foi tant bien que mal nous aura aidés à travers les temps et les circonstances et surtout les épreuves d'ailleurs à passer sans perdre trop de plumes, nous retournons dans une sorte de vague vie plus ou moins vivante, plus ou moins léthargique où nous ne savons pas très bien qui nous serons et ce que nous ferons ? Beaucoup de gens disent, sentant la mort approcher : "Qu'est-ce que je vais m'ennuyer là-haut !" C'est encore une réflexion où la foi manque un peu. Et n'est-ce pas une question que nous nous posons souvent que celle de cette femme qui a eu sept maris. Comment va-t-elle faire la pauvre créature pour se débrouiller avec sept maris, dans l'au-delà, car là elle les aura tous ensemble, et non pas successivement. Jésus ne répond pas à cette question. Non pas qu'elle soit fausse mais c'est une question de l'ordre terrestre, c'est une question de l'ordre de la vie humaine, c'est une question de l'ordre du temps. Et s'il est tout à fait normal que l'on prenne mari après mari après le veuvage, savoir qui sera le vrai mari dans l'au-delà est une fausse question qui ne peut amener que de fausses réponses. D'ailleurs, Jésus le dit très bien : "Vous ne croyez pas en la résurrection, pourquoi donc vous posez des questions sur la résurrection ?" le propos des Sadducéens était de poser un piège à Jésus et pas du tout de savoir ce qui sa passait après. Ils n'y croyaient pas.
Et Jésus leur fait une réflexion qui est aussi déroutante pour eux que pour nous : "Là-haut, nous serons comme des anges !" Alors les gens s'imaginent que cette femme n'aura pas de problèmes avec ses sept maris parce que tout le monde sera complètement asexué. Mais cela n'a rien à voir avec la question. Nous n'avons pas à expliquer ce qui sera de l'autre côté, nous avons à y croire. La solution de la vie éternelle ne se trouve dans aucun livre humain. Aucun, même pas ceux qui sont les témoins de "La vie après la vie", ne sont témoins de rien du tout après la vie. Car s'ils avaient été témoins de quelque chose de l'au-delà de la vie, ils n'en seraient pas revenus. Ils ont été témoins de quelques profondes images, qui sont revenues dans leur mémoire inconsciente sous le fait de quelque choc ou de quelque produit pharmaceutique. Mais pas plus.
"Nous serons comme des anges." Cela veut dire que tout notre être, tout ce que nous sommes aujourd'hui, sera entièrement pour Dieu, avec Dieu et en Dieu. "Il sera tout en tous et en chacun", dit saint Paul. C'est cela la vie éternelle, c'est cela la résurrection de la chair. C'est la totalité du mystère du Christ achevé dans la totalité de ce que nous sommes et de ce que nous aurons vécu à quelque époque que ce soit de notre vie, et dans quelque état que ce soit. C'est un objet de foi et non pas d'explications fussent-elles métaphysiques ou philosophiques. Dans le Credo, nous affirmons : "Je crois en la résurrection de la chair", nous affirmons que la totalité de notre être sera remplie de la plénitude de Dieu, ni plus ni moins. Et dans cette plénitude de Dieu en nous, nous n'aurons aucun problème pour nous reconnaître les uns les autres comme chacun rempli de la vie de Dieu, que ce soit celui qui a été notre mari, que ce soit notre deuxième, cinquième ou dixième mari, peu importe. Cela c'est du calcul terrestre. Dans la vie éternelle, chacun sera rempli de la plénitude de Dieu et la plénitude de Dieu ce n'est pas une question qui se pose les uns par rapport aux autres. C'est la totalité du mystère de Dieu qui sera confiée à la totalité de notre mystère pour que nous vivions tous ensemble dans cette plénitude.
Ceci est très important pour nous-mêmes chrétiens, de pouvoir affiner notre intelligence de ce que nous appelons "les fins dernières", c'est-à-dire l'au-delà, c'est-à-dire Dieu. Car les "fins dernières" ce n'est rien d'autre que "les fins premières" de notre origine qui est le mystère de Dieu. Il est extrêmement important que vous ayez à cœur de réfléchir avec intelligence et sagesse à ce mystère de l'au-delà que nous proclamons chaque dimanche, d'abord pour la propre clarté de votre foi et de votre espérance et de votre prière et de votre attente, et ensuite, comme dit l'apôtre Pierre : "nous avons à rendre compte de l'espérance qui est en nous".
Votre espérance c'est de vivre dans la totalité de ce que nous sommes et de ce que nous aurons vécu dans la totalité et par la totalité du mystère de Dieu, chacun personnellement, mais tous ensemble. Car la question des sept maris n'a plus de sens dans l'au-delà puisqu'il n'y aura qu'un corps qui sera celui du Christ, l'humanité arrivée à son stade adulte c'est-à-dire totalement, parfaitement conformée à l'image de Celui à partir duquel elle a été créée.
Voilà comment nous devons méditer, approfondir ce mystère de notre résurrection totale, spirituelle et charnelle, car Dieu ne peut pas diviser ce qu'Il a Lui-même uni dans notre temps. Dieu ne peut pas faire en sorte qu'une partie de nous-même retourne au néant, Il est impuissant sur ce domaine-là, mais ce qu'Il attend de nous, chrétiens, c'est que nous soyons pleins de cette espérance, de vivre totalement avec Lui, totalement avec les autres, sans questions, sans fausses pudeurs, sans faux-fuyants, sans relations calculées. Voilà l'espérance qui est en nous. C'est une espérance qui doit nous faire vivre et nous ne devons pas avoir ni peur ni honte à l'affirmer dans ce monde matérialiste qui méprise tant la chair humaine parce qu'il l'utilise de façon non spirituelle, non éternelle. Nous devons avoir le courage et la simplicité de dire à ce monde que, lui comme nous, nous sommes destinés à cette vie bienheureuse de l'esprit et de la chair, dans la vie éternelle.
AMEN