SALÉS PAR LE FEU

Jc 1, 16-25 ; Mc 9, 38-50

(7 juin 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ous pouvons un instant faire un lien entre les quelques versets de l'épître de Jacques et ce passage de l'évangile. Le Seigneur nous dit que tous, nous serons salés par le feu, c'est-à-dire jugés par le feu. Et la matière de ce jugement ce sera le sel. C'est pourquoi le Christ dit : "C'est une bonne chose que le sel, mais si le sel devient insipide, avec quoi l'assaisonnerez-vous ?"

Ce sel, c'est la Parole de Dieu. Et l'insipidité du sel, c'est le fait de ne pas écouter, de ne pas prati­quer la Parole de Dieu, d'en être "des auditeurs ou­blieux" comme dit l'apôtre Jacques, de l'écouter et de s'abuser soi-même en ne la mettant pas en pratique, en considérant la Bible comme un bocal, à l'instar des bocaux de sel que l'on n'ouvre jamais. Ce qui donne du sel à ce que nous sommes, c'est la Parole qui vient de Dieu. Sans ce sel, notre pied est mauvais, notre main est mauvaise, notre œil est mauvais. Le sel de cette Parole de Dieu c'est ce qui pénètre en nous jus­tement comme le sel dans l'aliment qui va le régéné­rer, le purifier, l'empêcher de se décomposer, de se détruire, et en plus lui donner du goût.

Le chrétien qui perd la saveur intérieure de la Parole de Dieu est un chrétien insipide. Et si l'on suit la logique de l'évangile, il ne sert à rien qu'à être pié­tiné sous les pas de l'histoire. Nous sommes des au­diteurs quotidiens de la Parole de Dieu. Sommes-nous des auditeurs oublieux, passagers ou des amoureux de cette Parole de Dieu ? Sommes-nous de ceux qui l'écoutent, qui la murmurent dans leur cœur, qui la regardent, elle, pour découvrir le visage de Dieu, et non pas de ceux qui s'y cherchent eux-mêmes, comme dans un miroir pour ne se trouver que face à face de son propre visage ?

Cette Parole de Dieu est à écouter, elle est à retenir, elle est à méditer. Il faut que le sel pénètre dans l'aliment pour y faire son travail. Tant que la Parole de Dieu n'a pas pénétré au plus profond de nous-mêmes, jusqu'aux fibres les plus fines de nos membres, de nos pieds, de nos mains ou de nos yeux, nous sommes toujours insipides. Et c'est peut-être d'ailleurs pour cela que notre vie manque de goût, que notre vie manque de sel, et que la vie des autres man­que de goût, et que la vie des autres manque de sel. Et c'est pour cela d'ailleurs que saint Jacques nous dit : "Si vous faites ainsi avec la Parole de Dieu, vous connaîtrez en vous le bonheur !" Et Jésus nous dit : "Si vous êtes ainsi salés par la Parole de Dieu, si vous avez du sel en vous-mêmes, vous vivrez en paix les uns avec les autres". Notre bonheur et notre paix viennent de cet accueil permanent, profond, de ce sel qu'est la Parole que Dieu verse chaque jour dans les plats quotidiens de notre vie.

 

 

AMEN