LE MANQUE DE FOI
1 S 17, 37-51 ; Mc 6, 1-6
(9 février 1990)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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our reprendre le mot de Péguy, dans cet évangile, ce qui étonne le Christ, ce n'est pas l'espérance mais le manque de foi. "Il s'étonna de leur manque de foi !" Lorsque Jésus se plaint, sa plainte porte sur ses plus proches, ceux qui, par la chair font partie de sa parenté comme si la proximité parentale, familiale, empêchait de discerner une autre identité. Et Jésus s'étonne que ceux qui lui sont le plus cher ne "voient" pas, restent aveugles, alors que les foules qui couraient après Lui, comme l'hémorroïsse ou le centurion, Jaïre, sont, au départ, loin de Jésus. Alors, semble-t-il, plus on est loin de Jésus plus on discerne ce qu'Il est réellement.
C'est vrai que la relation de foi, car la foi n'est pas un sentiment, suppose une certaine distance. Une trop grande proximité, une fausse proximité annule une réalité de foi. Pour tisser entre soi et une autre personne une relation de foi, il faut une distance que les psaumes appellent "un chemin". Pour croire en Dieu, il nous faut toute notre vie. Nous ne pouvons pas aller à Dieu sans ce déroulement historique, temporel de notre vie. C'est cela le chemin, la distance. Nous ne pouvons pas adhérer à Dieu, parce que nous ne sommes pas des anges et que nous avons la possibilité de "prendre le temps" et de dérouler dans notre vie cette relation de foi. Notre vie est faite pour être un chemin vers Dieu. Alors, la vie chrétienne consiste à consolider son voyage humain, à consolider ce que nous sommes comme homme, pour entrer en relation avec Dieu.
Le psaume 118 reprend mot à mot ce qu'est vraiment la vie chrétienne : "Avant de Te suivre, Seigneur, fais-moi goûter ce que sont vraiment tes commandements !" Montre-moi que tes commandements ne sont pas comme un mur, un obstacle à ma vie, mais un chemin qui mène à Toi. Alors, de mon côté, "je Te promettrai fidélité !" J'essaierai d'ancrer dans mon cœur cette assurance que tes commandements sont un chemin et étant sûr de cela, "Je te prête fidélité". Et plus encore fais-moi miroiter ta Loi, c'est-à-dire l'intimité de ton projet sur moi. Un commandement reste toujours un peu extérieur mais la Parole c'est déjà une parole vivante qui dévoile le fond du cœur de Dieu pour le cœur de l'homme. Et l'homme répond non seulement. "Tu as enraciné en moi cette Promesse, cette fidélité", mais je vais garder au fond de mon cœur cette parole de Dieu. "Je la garderai de tout mon cœur." Troisième étape : je te dis que je veux être fidèle et je prends comme bagage ce trésor, cette Parole de vie et puis je me mets en route. "Fais que je marche sur le sentier de tes volontés. C'est là que je trouve ma joie !" Car en commençant à marcher, je découvre ce pour quoi je vis, ce vers quoi je vais Alors j'éprouve la joie de ma vie, car je sais que ma vie consiste à dérouler ce chemin qui va vers Toi. Mais je ne Te rejoins pas encore, car c'est là l'intensité et la qualité même de la foi, c'est qu'on ne saisit pas, c'est qu'on ne possède pas encore ce que l'on veut atteindre.
C'est là l'erreur que font les proches parents de Jésus. Il leur semble, ils croient qu'ils possèdent Jésus puisqu'ils le connaissent comme le "fils du charpentier". Donc il n'y a pas de distance entre ce Jésus et eux, il n'y a pas de mystère, il n'y a pas de profondeur qui mène à Lui. Il est "des nôtres". Dieu n'est jamais des nôtres, mais Il est "au bout d'un chemin". Et Il ne sera pas des nôtres, mais nous serons à Lui, en Lui. Enfin, en demandant au Seigneur de lui rester fidèles : "Ecarte de moi toute insulte tout ce qui s'oppose à mon désir d'aller vers Toi" - "Fais-moi vivre en ton salut !" Fais-moi sentir que c'est le bon chemin que j'ai suivi. Ranime en moi cette joie profonde d'être attendu, attendu par un père. Que cette joie soit comme les prémices de la grande moisson dans laquelle Tu nous rassembleras tous pour une fête éternelle.
Envisageons notre vie comme un chemin de foi, comme une relation, une confiance qui ne peut être vécue que parce que Dieu est Dieu et que je ne suis qu'un homme, et qu'Il m'attend, non pas seulement pour me rejoindre là où je suis, mais pour m'attirer vers Lui, dans sa divinité, dans sa gloire.
AMEN