DEUX GUÉRISONS

1 S 17, 1-11+32-33 ; Mc 5, 21-43

(8 février 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

es deux récits, imbriqués l'un dans l'autre, se donnent leur mutuelle signification. Si la gué­rison de l'hémorroïsse s'inscrit comme au cœur de la marche de Jésus appelé par ce centurion, c'est que le Christ ne peut rejoindre l'homme que lors­que celui-ci "étale" devant le Seigneur un champ dis­ponible de foi, un abandon total. Et si Marc précise combien cette femme avait dépensé d'argent ou de temps et d'espoir à vouloir se faire guérir par les mé­decins ou charlatans c'est qu'elle n'avait rien d'autre à faire qu'à dérober le pouvoir de Dieu car le seul per­sonnage de tout l'évangile qui par sa prière "dérobe" la force de Dieu, qui sans avertir personne, comme dans le tumulte d’une foule qui se presse et qui écoute le Christ, pose une main pleine d'abandon, non pas sur le corps du Christ mais sur son vêtement.

C'est l'exemple le plus manifeste que la force du Christ dépasse le Christ Lui-même. C'est le seul texte où apparaît le mot de conscience du Christ, comme si Jésus avait pris conscience, après coup, que quelqu'un l'avait touché. En lisant le texte nous pou­vons voir que de nombreuses personnes le touchaient car dans ces pays la promiscuité est plus grande que chez nous, on se cogne, on joue des coudes, soit pour Lui parler, soit pour lui frayer un chemin. On se co­gne au corps du Christ, et un seul contact retient son attention, celui de la femme hémorroïsse. D'ailleurs elle est guérie avant tout dialogue, avant que Jésus n'intervienne, elle est vraiment guérie, elle le sent dans son corps. Et en le sentant elle devient non plus celle qui s'abandonne, mais celle qui prend cons­cience de ce que Dieu lui a vraiment donné. Elle de­vient alors craintive et toute tremblante ce qui signi­fie, dans la logique de saint Marc, qu'elle devient une croyante car la foi est tissée de crainte et tremblement. Dans un premier temps, elle est celle qui veut être sauvée, dans un second temps elle devient celle qui prend conscience de l'immensité du salut de Dieu pour elle. C'est pourquoi le Christ demande à lui par­ler, à elle, et la cherche. Et Il lui demande qui elle est. Il veut lui parler face à face, car Il sait que pour ac­complir pleinement le dessein de salut sur les hom­mes, il faut qu’Il entre en dialogue, en face à face avec l'homme, comme répondant en un lointain écho à la demande de Dieu au jardin d'Eden : "Adam, où es-tu ?" Dans cette foule, Jésus : "Qui est celle qui M'a touché ?" Qui est-elle ? Dévoile-toi ! Ne reste pas cachée dans la foule ! Sois celle qui, face à face, sera l'objet de mon dialogue et de mon salut.

Et le récit qui va suivre nous montre que la guérison de Dieu ne touche pas seulement la maladie, les infirmités ou les péchés, mais touche à la vie elle-même et que sa puissance est promesse de vie. Or dans son attitude de crainte et de tremblement l'hé­morroïsse nous dit que ce qu'elle a pris de Dieu est plus grand que ce qu'elle avait vraiment demandé. Nous qui courons pour les autres après une certaine guérison, après une certaine conversion, sachons que le trésor qui nous est offert par la personne même du Christ est plus grand que ce que nous demandons. Par cet évangile, puissions-nous mettre en accord notre propre demande et de don qui nous est fait. Puissions-nous réaliser que Dieu ne compte pas sa grâce, ne la dilue pas à petite goutte dans la vie, mais Il nous inonde d'une puissance qui, à tout jamais, en nous, commence à vaincre la mort et la maladie. Et malgré l'apparence, malgré souvent l'échec de cette puis­sance, notre seul mérite consistera à mettre en Lui toute notre foi, tout notre être, à n'avoir comme seul désir d'être certain du salut de Dieu, de se jeter à ses pieds. Reconnaissons que Dieu sauve, que Dieu est tout-puissant. Ne soyons pas hésitants quant-à la puis­sance de Dieu sur le monde, mais témoignons que Dieu est véritablement puissant, que rien ni personne n'ira contre Lui. Ni la haine, ni la persécution, ni la tribulation ne pourront rien contre l'amour de Dieu.

 

AMEN