JÉSUS MAÎTRE DES ÉLÉMENTS
1 S 16, 1-13 ; Mc 4, 35-41
(6 février 1990)
Homélie du Frère Michel MORIN
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robablement que Jésus aurait préféré continuer à dormir sur le coussin car il n'est jamais agréable d'être réveillé brusquement. Il se manifeste ici comme le maître des éléments, le maître des forces de la nature parce que créateur de ces forces de la nature. C'est par Lui que le Père avait marqué la limite entre la mer et la terre, pour que la mer n'envahisse jamais la terre, pour que jamais cette mer qui, pour les sémites, est le lieu symbolique des forces du mal qui se déchaînent et engloutissent les vivants, que jamais ces forces du mal viennent engloutir non pas d'abord la terre matérielle mais la terre humaine, la chair de l'homme, de l'humanité et son souffle de vie.
Et c'est parce qu'Il est créateur des éléments matériels que, d'autorité, le Christ peut exiger de ces éléments qu'immédiatement ils se calment. "Silence ! Tais-toi !" Mais jamais, jamais le Christ n'imposera une telle forme d'obéissance à l'homme. Car la mer, la terre et tous les éléments sont matériels et obéissent "d'instinct" à l'œuvre créatrice. Mais nous-mêmes qui sommes objets de l'œuvre créatrice de Dieu n'avons pas à obéir de façon instinctive mais de façon raisonnable c'est-à-dire comme des créatures spirituelles qui vont adhérer intérieurement, non pas à un ordre directif ou autoritaire mais à une présence silencieuse qui bien souvent nous semble même dormir, celle de Dieu. Alors que nous, nous avons l'impression de nous débattre, impression souvent exagérée d'ailleurs, avec des tas de démons intérieurs ou extérieurs. L'obéissance reste un point fondamental, une charnière radicale dans la relation de l'homme avec Dieu dans l'intimité du disciple avec le Christ qui est son maître.
Ce que Jésus veut faire comprendre ici aux disciples, c'est qu'ils n'ont pas à obéir aveuglément, instinctivement comme la mer, mais à obéir dans la foi : "Hommes de peu de foi, pourquoi avez-vous peur? pourquoi ne croyez-vous pas ?" C'est donc une obéissance au mystère d'une personne qui est là, présente en nous, qui semble bien souvent dormir au fond de notre cœur, alors que la surface de notre cœur est bien souvent en tempête. Mais Il est à la poupe du bateau, Il est à l'avant de notre vie. Et si nous le suivons vraiment, nous savons que nous n'avons rien à craindre du déchaînement des forces du mal même si souvent elles nous heurtent et nous ballottent à tous vents, selon toutes ces forces qui nous assaillent continuellement.
Cet évangile nous rappelle cette nécessaire obéissance à une présence, cette nécessaire obéissance parce que c'est elle qui nous donnera deux choses : d'abord la force car dans le Deutéronome Dieu dit : "Si tu obéis à mes lois, cette obéissance te fortifiera le long de ta marche dans le désert !" Et alors, fort de ma présence par ton obéissance, tu connaîtras la paix dans le désert et tu arriveras, sans danger, dans la terre que je t'ai promise. Notre obéissance n'est pas une obéissance ponctuelle à des ordres extérieurs ou autoritaires, c'est une adhésion qui doit être paisible mais profonde à la présence du Christ qui se manifeste à notre raison, à notre intelligence, à notre cœur par un certain nombre de commandements, de lois, de préceptes, de conseils. Mais ceux-ci ne sont que sa manière pédagogique pour nous faire comprendre, point par point, détail par détail, situation par situation, la façon dont nous-mêmes nous allons entrer dans son mystère.
Je ne sais plus quel est le penseur ou le chrétien qui disait : "les grandes âmes sont à l'image de la mer, toujours calmes au plus profond même si parfois elles connaissent, en surface, la tempête !" Que notre obéissance nous donne cette force, ce calme, cette paix profonde, pour que, sûrs du but, sûrs des étoiles, nous avancions dans l'obéissance et la fidélité au ras des flots de notre vie.
AMEN