CE NE SONT PAS CEUX QUI DISENT...
Jb 8, 1+11-19 ; Mc 7, 21-29
(21 juillet 1989)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ous sommes parfois mal à l'aise devant ce passage d'évangile parce que nous sommes, nous, habitués à dire : "Seigneur ! Seigneur!" et que nous voudrions bien faire des miracles et que nous voudrions bien prophétiser ou prendre la parole en public sur ce qu'on pense de l'Église et du monde.
Or Jésus nous rappelle cette donnée fondamentale que le Royaume de Dieu, ce n'est pas nous qui le faisons et qu'il n'est pas à la mesure de ce que nous en disons. Or nous aimons être extériorisés, nous aimons la publicité et l'Église n'est pas toujours indemne de cette tentation dans laquelle elle peut tomber. Jésus nous dit : "Ce n'est pas en disant "Seigneur ! Seigneur !" qu'on entre dans le Royaume de Dieu" ni même en faisant des tas de choses par elles-mêmes excellentes, parce que prophétiser c'est très bien, parce que faire des miracles c'est encore mieux, si on pouvait en faire davantage, on serait plus heureux ! Non, le Christ nous dit : "Le Royaume de Dieu n'est pas d'abord dans ce que vous dites, surtout quand ce sont des prières, il n'est pas non plus dans ce que vous faites, même quand ce sont des œuvres pieuses. "Le Royaume de Dieu, il est dans les cieux " - "Votre Père des cieux," dit Jésus pour bien nous ramener à cette logique que la foi chrétienne ne vient pas ni de nous ni de la terre ni, comme dit Jésus, ce qui monte de la chair et du sang, mais c'est un don qui vient de Dieu. Et tout homme qui n'a pas fondé sa vie "en l'air" mène une vie terrestre. Quand je dis "en l'air" c'est par analogie c'est-à-dire dans le Royaume de Dieu, hors des réalités purement terrestres, excellentes par elles-mêmes mais inaptes, inopportunes pour fonder le Royaume de Dieu.
Et c'est cela notre drame. Nous pensons que notre vie religieuse, notre vie spirituelle, que notre sainteté, ça se gère comme les maisons. Il faut de bonnes fondations, c'est-à-dire nous-mêmes, ce qu'on pense, ce qu'on veut, le calcul que l'on veut en faire, et l'on s'imagine que Dieu va construire sur cela. Et bien non ! Nous sommes des hommes insensés dans la foi parce que nous construisons sur nous-mêmes en disant simplement à Dieu : "Mets un peu de crépi et repeins les volets ". La foi est d'abord un don de Dieu. Nul ne peut dire qu'il l'a ou qu'il ne l'a pas. Dieu seul est la mesure de notre foi. Dieu seul est la mesure de ce qui est construit. Dieu seul est l'achèvement de notre vie. Tout le reste, Jésus nous le dit, ce ne sont que des paroles. Ce n'est que du vent, même si cela a pour vous l'apparence d'une prière très pieuse ou d'œuvres de piété.
Ceci est très important. Je ne le dis pas pour nier ou regarder d'un œil péjoratif notre propre prière ou ce que nous appelons nos bonnes actions, ce n'est pas cela que je veux dire. Je parle sur le fondement de tout cela. Sur quoi fondons-nous notre vie ? Est-ce que c'est vraiment sur Dieu qui est un Roc ? Or vous savez que les fondations, on ne les voit pas. Heureusement, parce que si on les voyait c'est qu'elles seraient déterrées, donc en-dehors de leur enracinement profond sur le roc de la foi. Si nous ne voyons pas le fondement de notre foi c'est bon signe, parce qu'il est justement caché en Dieu. Lorsqu'on veut trop le mesurer, l'identifier, le calculer, le sculpter à notre mesure c'est une œuvre humaine. Et là nous ne sommes plus dans la logique de la foi, peut-être dans la logique d'une vie religieuse, d'une religion, mais de cela Jésus dirait : "Les païens en font autant !"
Deuxième élément c'est que nous sommes beaucoup trop inquiets sur nos problèmes de vie spirituelle ou de foi. En tant que prêtres nous recevons beaucoup de gens qui ont des problèmes. Aujourd'hui c'est le mot absolu. "J'ai un problème !" Quel est votre problème ? Je ne sais pas si je crois. Je ne sais pas si Dieu m'aime. Je ne sais pas si je prie. Mais ce n'est pas un problème, c'est la foi tout simplement. La foi n'est pas cette espèce d'illumination permanente, de feu d'artifice autour de la tour Eiffel qui change toutes les couleurs. Non, la foi est justement ce chemin d'obscurité où Dieu travaille Lui-même comme un mineur de fond. On ne voit pas, on n'entend pas son œuvre, mais de temps en temps nous en recueillons les fruits parce que ça remonte à la surface par la grâce de Dieu.
Je crois que c'est cela que veut nous dire le Christ. Le fondement de votre vie, vous ne le voyez pas parce que c'est Dieu. Et ne cherchez pas à le voir, parce qu'alors ce serait un Dieu à votre image et à votre ressemblance, donc une idole. Il ne faut pas prendre tous les éléments de notre foi pour un problème, sinon c'est que nous traitons notre vie spirituelle comme nos problèmes psychologiques. Or notre vie spirituelle, c'est le saint Esprit en nous. Notre vie psychologique, c'est la surface des choses, c'est comme la mer. La mer est l'image des grandes âmes, parfois agitée en surface mais toujours calme dans les profondeurs. La foi chrétienne c'est un calme absolu, confiant et total dans la profondeur de notre être qui est Dieu. Et quels que soient les vents ou les tempêtes en surface, ça ne change jamais le fond de la foi. Mais pour vivre de cela, il ne faut pas vivre à la surface de nos humeurs, des événements ou de nos problèmes quotidiens, mais avoir le souci de descendre dans les profondeurs de notre être qui est sans fond puisque c'est le cœur de Dieu Lui-même.
AMEN