LA CONFIANCE
Jos 6, 1-10 ; Mc 8, 27+ Mc 9,1
(5 juin 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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I |
l en est de la confiance comme d'un muscle. Il faut apprendre à s'en servir. Ce n'est pas une chose qui s'improvise le jour où les événements nous contraignent à n'avoir que cette confiance. Mais tout au long de la vie, il est nécessaire, dans des choses peut-être mineures, d'apprendre à jouer de cette musique-là, d'apprendre à dépendre de Dieu.
La lenteur, la pédagogie que Dieu développe tout autour de Jéricho est l'écho de ce que le Christ développe dans les conditions nécessaires pour le suivre. Quand on parle de "renier sa propre vie" ou de "porter sa croix" afin de suivre le Christ, nous entendons par là des événements brutaux, violents qui surgissent dans notre propre vie et vis-à-vis desquels il nous faut donc réagir. Il est évident que, dans ces circonstances-la, nous n'avons ni la souplesse ni l'habitude de répondre selon la confiance ou le reniement de soi-même. Il est fort à parier que nous resterons sur nous et que nous ne saurons pas réagir par rapport à Dieu.
Ainsi développer en nous cette attitude de confiance consisterait, de prime abord, dans les événements qui apparemment ne la réclament pas immédiatement de faire en soi-même un acte intérieur de confiance, afin de nous habituer, de nous régler, de nous rythmer et d'apprendre à notre cœur l'attitude fondamentale de se remettre à un autre, de se renier et donc d'avoir confiance.
Il y a dans notre vie de nombreuses occasions où nous pouvons, de fait, apprendre cette confiance. Et nous ne pouvons pas attendre des événements plus graves, plus profonds ou même notre propre mort, qui d'ailleurs la réclamera, pour devenir des hommes de confiance qui acceptent de se renier eux-mêmes. Il est évident que le déroulement même de notre propre vie dans l'histoire de ce monde et dans notre histoire personnelle réclame une attitude qui est celle que Dieu voudrait éduquer, modeler, afin que nous apprenions vraiment à nous comporter comme des enfants de Dieu qui acceptent que leur vie ne pèse rien en face de l'amour de Dieu.
Et le premier élément qui nous permettrait peut-être de devenir des apprentis de la confiance en Dieu c'est de nous remettre souvent en face de l'immensité de l'amour de Dieu. Quand on demande au Cardinal Lustiger la différence entre le chrétien et le juif, il répond simplement : le chrétien est celui qui a son cœur brisé par l'immensité de l'amour de Dieu. Voilà un face à face avec la croix, un face à face avec un homme, avec Dieu qui s'est mis jusqu'au bout du chemin de l'amour pour nous donner tout. Voilà un face à face qui ne peut que nous apprendre la confiance, car si cet homme-Dieu a voulu nous donner sa vie, si bien qu'Il réclame de nous d'accrocher notre propre cœur à son cœur, Il réclame de nous une confiance totale, définitive.
Dans l'eucharistie que nous allons célébrer, signe de son amour partagé et donné pour chacun de nous, remesurons, non plus avec notre propre cœur trop petit mais avec celui de Dieu, remesurons l'immensité de l'amour de Dieu, pour devenir ensemble des enfant de Dieu, pleins de confiance à l'égard de leur père.
AMEN