JÉSUS ET LA FOULE

Jos 5, 2-7 ; Mc 8, 1-10

(25 mai 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

S

aint Marc rapporte deux récits de multiplica­tion des pains. Le premier a lieu en Galilée et le second hors de Galilée. Dans le premier c'est une foule qui suit Jésus, comme un petit morceau d'Israël qui reconnaît son Messie et qui en fait son pasteur. Les apôtres y sont mis en demeure de trouver eux-mêmes la nourriture qui convient pour la foule qui entoure Jésus. Les apôtres, au nombre de douze, représentent les douze tribus d'Israël, représentent cette plénitude de l'histoire d'Israël convoqué par Dieu.

Dans le second cas, hors de Galilée, ce n'est pas la foule qui suit Jésus, mais elle est restée là parce qu'elle a été captivée par Lui, par son enseignement. Ce n'est pas la foule qui est venue à Jésus, mais c'est Lui qui l'a attirée. Ce sont les païens, ceux à qui le Christ a été aussi envoyé, mais qu'Il ira chercher les uns après les autres, pour les rassembler autour de Lui. Et lorsque Jésus prend conscience qu'ils ont faim et qu'ils ne peuvent pas repartir, car ils viennent de très loin, géographiquement et symboliquement, Il a pitié de cette foule.

Dans le premier récit, le lien entre Jésus et la foule était celui de la race, de la première Alliance avec ce Dieu qui avait distribué la manne au désert et qui, en Jésus, accomplissait de nouveau ce miracle et l'accomplissait dans les termes mêmes de l'Exode. Dans le second récit, allant plus loin que la manne et l'Exode proposée au peuple d'Israël, ce sont les païens qu'Il vient nourrir et le récit que nous venons d'enten­dre est presque eucharistique. C'est Jésus qui bénit, rompt et fait distribuer ce pain.

Autant dans le premier récit et dans celui de l'Exode, il est resté peu de choses après le repas, au­tant ici il reste sept corbeilles pleines, symbole de la profusion accordée à tous les peuples, par la personne de Jésus-Christ. Et ces sept pains, nécessaires à la distribution, sont le symbole de la plénitude accordée aux païens. Ces sept corbeilles pleines sont à la fois le symbole de la durée du don fait aux hommes. Quatre mille hommes. On aurait envie de dire sept mille puisque à trois mille près on n'est plus très loin de la plénitude. Il y a là comme un avant-goût de l'humanité entièrement sauvée car ce n'est encore qu'un petit morceau de cette humanité qui est atteinte par l'eucharistie du Christ. Ces quatre mille désignant déjà là une grande foule, ne rassemblent pas encore toute la foule des hommes et des femmes que Jésus veut sauver.

Ainsi dans ce second récit, nous avons en­tendu et nous voyons le Christ s'avancer, venir cher­cher les païens les uns après les autres afin de leur donner son corps à travers le pain qu'Il a béni et qu'Il a rompu.

Dans cette eucharistie qui est comme le pro­longement aujourd'hui de cette multiplication des pains, reconnaissons non plus nous qui sommes ve­nus, mais le Christ qui vient à nous, qui est venu nous chercher pour nous donner son corps et son sang.

 

 

AMEN