PROXIMITÉ DE DIEU
Jos 2, 8-14 ; Mc 6, 1-6
(17 mai 1989)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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e voudrais réfléchir sur l'incompréhension par les concitoyens de Jésus du mystère de l'Incarnation. En venant sur la terre, ce que Dieu a voulu c'est se rendre proche de nous, c'est se mettre à notre portée, se livrer entre nos mains. Il a voulu que nous ne soyons plus éloignés et comme intimidés par un Dieu tout-autre, par un Dieu sans commune mesure avec nous. Comme il est écrit au début de l'évangile de saint Jean, Il a voulu que ce "Dieu que personne n'a jamais vu, Lui Jésus, le Fils Unique qui repose dans le sein du Père", qui connaît la communion intime du Père, nous le révèle, nous le fasse toucher, nous le fasse voir. Et Jean s'écrie : "Ce que nos yeux ont vu, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, nous vous l'annonçons." C'est tout le mystère de l'Incarnation. Dieu le Créateur, Dieu le Tout-puissant, Dieu qui est infini, Dieu qui est transcendant se fait proche de nous, se fait intime, se fait immédiat, le voisin le plus proche.
Et c'est cela précisément que les habitants de Nazareth reprochent à Jésus. Ils voient de leurs yeux les grands miracles qui se font par ses mains, ils entendent de leurs oreilles cette sagesse qui lui a été donnée. Ils se disent : "D'où cela peut-il lui venir ?" Et à partir de cette constatation, au lieu de reconnaître que cet homme, proche d'eux, est en même temps le Fils de Dieu, qu'il est habité par une puissance, par une sagesse, une force sans commune mesure avec sa nature humaine, au lieu de reconnaître cela, ils se scandalisent et ils disent : "Nous ne pouvons pas croire en Lui".
Jésus est surpris, contristé, étonné de leur manque de foi. Car ils refusent l'évidence : ils voient les signes qu'Il accomplit, ils voient la sagesse avec laquelle Il parle et cependant ils ne croient pas, parce qu'ils le trouvent trop proche d'eux, trop semblable à eux. Ils connaissent sa mère, ils savent qu'Il est "le fils du charpentier", ils ont ses cousins et ses cousines parmi eux. Alors il ne peut pas être possible qu'Il soit envoyé d'en haut, qu'Il soit porteur d'un message et d'une sagesse.
Il y a là un endurcissement du cœur de la part de ces hommes et de ces femmes qui, voyant Dieu se faire si proche d'eux, se mettre si humblement à leur portée, au lieu d'être émerveillés de cette attention, de cette tendresse, de cette proximité, au lieu d'être éblouis par cette humilité de Dieu, ils en sont scandalisés, choqués. Ils le refusent, ils le rejettent.
Dieu ne vient pas à nous dans le tremblement de terre, dans l'orage et dans la violence. Dieu vient à nous, comme auprès du prophète Élie, dans une brise légère. La Parole de Dieu est une parole murmurée, imperceptible, discrète. Dieu ne s'impose jamais. Dieu nous propose, je dirais presque humblement, son amour, sa tendresse. Et nous ne savons pas l'écouter. Nous ne savons pas ouvrir notre cœur à cette approche de Dieu si mystérieuse et silencieuse. Peut-être nous aimerions mieux quelque chose de plus évident, de plus tapageur. Nous n'avons pas le sens de cette discrétion de Dieu. Déjà le prophète Isaïe disait à ses contemporains : "Parce que vous vous laissez effrayer par ces torrents que sont les ennemis d'Israël, vous, ne savez pas entendre l'eau de la source de Siloë qui coule doucement et c'est pour cela que vous fermez votre cœur à Dieu."
Soyons assez simples, assez pauvres, assez humbles pour écouter et reconnaître l'humilité et la simplicité de Dieu. Il n'y a pas d'autre chemin pour le rencontrer. Tout le reste c'est tapage et tape-à-l'œil et cela n'a rien à voir avec la gloire de Dieu.
AMEN