RELIGION ET FAMILLE

Gn 4, 250- 5, 5 ; Mc 3, 20-35

(1er février 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, vous connaissez tous l'argument qu'on vous oppose quand vous parlez de foi avec des non-croyants : ils vous disent : si j'avais vécu à l'époque de Jésus, j'aurais cru. Voyez ce que cela donne, la famille même de Jésus pense qu'il a perdu le sens, et je pense que si nous avions été contemporains de Jésus, nous aurions pensé la même chose.

Je vais laisser de côté le corps de l'évangile que nous avons entendu avec ce que disent les scribes et les pharisiens, et je vais plutôt me tourner vers ce qui ouvre et ferme l'évangile, la question de la famille. Jésus et sa famille, et on pourrait élargir : la religion et la famille. Là aussi c'est un argument qui revient très souvent : pourquoi envoie-t-on les enfants à la catéchèse ? C'est pour les structurer, pour leur dire ce qu'on doit faire, ce qu'on ne doit pas faire, c'est pour leur donner des valeurs. Mais il faut bien convenir que l'évangile est rempli d'exemples, de moments et de paroles du Christ qui ont plus proches d'une révolution des mentalités plutôt que d'une sorte de tradition assise, parfaite, moralisante, etc …

Ce que je veux dire, c'est que nous avons bien souvent le tort d'utiliser la religion pour mettre de l'ordre dans la famille. Si je dis qu'il faut obéir parce que sinon on finit en enfer, cela aura plus de poids dans votre manière de vivre en société et en famille, plutôt que si je vous dis : si vous ne faites pas ce qu'il faut faire, vous serez punis au niveau humain. Là aussi, certains imaginent que le nec plus ultra de la religion consiste à brandir la menace de la mort éternelle et du diable éternel pour faire en sorte que nos rapports fonctionnent correctement et que les traditions passent de père en fils. C'est cela la religion, et je vous rappelle d'ailleurs que chez les païens, c'est véritablement la tradition, transmettre ce que j'ai reçu, ni plus ni moins. C'est la raison pour laquelle l'évangile est profondément révolutionnaire parce que vous l'avez entendu, ce n'est pas la religion qui doit être au service de la famille, mais c'est la famille qui doit être au service de la liberté de chacun d'entre nous, la famille qui doit être au service de la religion.

En fait, ce que dit le Christ au début et à la fin de cet évangile, c'est le fait que la famille est un lieu d'épanouissement, un lieu dans lequel nous sommes invités à réparer le cœur de l'enfant. Mais ce n'est pas déterminé par avance. Là aussi je soulève une autre question, la religion est souvent envisagée sous le mode de la culture. Et certains vous diront : si j'étais né en Chine, j'aurais telle religion, si j'étais né en Inde, j'aurais telle religion, etc … La religion n'est pas un problème culturel. La religion et la nouveauté de l'évangile c'est de dire que Dieu se manifeste à tous les hommes et par conséquent, ce n'est pas un phénomène culturel. C'est à un moment donné, une société, une famille qui va faire découvrir dans le cœur de l'enfant la présence de Dieu, mais cette famille doit avoir assez d'humilité ensuite pour s'éclipser et laisser face à face deux libertés souveraines : la liberté souveraine de Dieu qui se manifeste à chacun d'entre nous, et la liberté souveraine de l'enfant, de l'adulte.

Je crois que c'est cela qui est dit dans l'évangile. On pourrait caricaturer, l'évangile ne dit pas qu'il faut absolument haïr ses parents, qu'il faut quitter sa famille, qu'il faut se mettre nécessairement en opposition à elle pour trouver la vérité. Ce n'est pas ce que dit l'évangile. Il dit : la famille peut être parmi d'autres moyens, le lieu de rencontre de Dieu. Mais que se passe-t-il quand cette famille ne remplit pas ce rôle ? Il y a alors d'autres moyens. Ce sont les personnes que nous rencontrons, les chrétiens, la communauté paroissiale, la communauté ecclésiale dans son ensemble.

Frères et sœurs, je crois que c'est ce que nous dit cet évangile, ce n'est pas une dévalorisation de la famille. Je sais que nous avons chacun et chacune notre lot de difficultés dans nos familles, mais nos familles ne sont pas un lieu de fuite de nos problèmes. Ce n'est donc pas la dévalorisation de la famille, mais la réordination de la famille en vue de la découverte d'une relation unique qui existe entre Dieu et chacun d'entre nous et la famille (ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit !), la famille a son rôle à jouer. Mais c'est un rôle qui est au service de cette relation de notre Père qui est Dieu et de nous qui sommes ses fils et ses filles.

Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous un lieu de liberté, parce que si nous sommes chrétiens ce n'est pas parce que nous sommes nés en France que nous avons été éduqués dans la culture chrétienne, et ici même dans cette église, certains par leur demande de baptême, montrent que pour un adulte, c'est un choix qui n'est pas déterminé par la famille.

Frères et sœurs, que cette eucharistie soit pour nous l'occasion de nous présenter debout et libres comme fils et filles de Dieu, face à notre Créateur et notre Père.

 

AMEN