LE SOIR
2 Co 13, 5-9+11-13 ; Mc 4, 35-41
(7 février 1989)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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e soir c'est, chez saint Marc, le moment où Jésus se retire. C'est ce temps qu'Il va prendre pour prier, se mettre face à son Père. C'est le temps de sa Passion. C'est aussi le temps où de nombreux malades se rassemblent devant les maisons où Il est entré, afin d'attendre la guérison, d'être touchés par ce maître et ce Sauveur. Le soir c'est le moment où Jésus se retire, c'est le moment peut-être de l'intimité, c'est le moment où Il parle avec ses disciples et les emmène sur une barque.
Et à côté d'autres barques ont aussi pris la mer, et toutes sont secouées par le vent Et Jésus semble dormir. Or Dieu semblait dormir aussi lorsque les hébreux, quittant l'Egypte, ont vu derrière eux l'armée de pharaon avec chevaux et cavaliers pour les suivre et les rattraper dans le désert où ils étaient partis, avec leurs femmes et leurs enfants, avec leurs troupeaux pour y sacrifier au Seigneur. Là aussi, pendant un certain temps, les hébreux ont cru que Dieu dormait. Il était bien à la poupe de leur barque puisqu'Il était la nuée qui les conduisait dans le désert et qui parfois ne bougeait pas. Il a fallu que les hébreux crient vers le Seigneur : "Tu ne te soucies pas de ce que nous périssons, Toi qui nous a fait sortir du pays où nous pouvions manger à notre faim ! Dans ce désert, il n'y a rien !"
De même les apôtres réveillent Jésus qui dort à la poupe. Et le Seigneur, dans sa majesté, va ouvrir les eaux, va ouvrir un chemin dans les eaux, va calmer l'impétuosité de ces eaux qui, pour les anciens, étaient le lieu du mal, le séjour de Léviathan, celui dont Dieu sait se jouer mais qui sait aussi être capricieux avec nous. Dans les deux cas c'est la même réponse du Seigneur : "Pourquoi avez-vous peur ?" Car le manque de foi c'est la peur. Nos angoisses, nos tremblements lorsque nous pensons que Dieu est absent, que Dieu dort, que Dieu sommeille, même s'Il nous a conduit et s'Il est resté à la poupe de notre navire personnel ou de notre Église. Nous cherchons à le réveiller pas nos chants, nos psaumes, nos cris et nos désespoirs. Et Dieu se retourne, disant : "Si tu as peur, c'est que tu manques de foi."
Les apôtres savaient que Dieu pouvait intervenir en ouvrant dans l'eau un chemin, un passage, une Pâque. De nouveau, ils réveillent cet apparent sommeil de Dieu pour lui dire : ouvre-nous de nouveau un chemin, calme les eaux qui assaillent notre embarcation. De même il faudra qu'Il aille jusqu'au bout, jusqu'au fond des eaux, par la mort et par la Résurrection. Et Lui seul, par la souffrance qu'Il offrira pour tous, pourra calmer une fois pour toutes, l'impétuosité des flots qui se déchaînent contre la vie de l'homme, contre la vie du Fils de l'Homme et contre la vie de tous les hommes.
Alors avant de prendre pied dans cette embarcation du carême, dans ces quarante jours qui nous mèneront vers le soir de la Pâque, avant d'entrer dans ce désert pour atteindre ce soir qui nous conduira au jour nouveau, analysons notre peur et notre tremblement comme un manque de foi. Par cette eucharistie, réveillons, une fois de plus, le Seigneur qui ne dort pas "car Il ne dort ni ne sommeille Celui qui veille sur Israël". Demandons-lui de nous armer d'une véritable foi afin que nous puissions marcher à sa suite et être certains et confiants qu'au bout de cette marche, de nouveau, les eaux seront à nouveau dominés par le maître de la terre, par le Créateur qui domine non seulement les forces maléfiques du monde mais encore plus les forces maléfiques de notre cœur.
AMEN