LA PATIENCE DE DIEU EST INÉPUISABLE
Ga 1, 1-5 ; Mc 8, 1-10
(4 février 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ans les deux récits de miracles de multiplication des pains, il s'agit de miracles analogues, provoqués par des besoins analogues, le fait que les foules ont suivi Jésus, sont restées longuement prés de Lui dans le désert pour écouter sa parole, et par suite ont faim. Et Jésus a pitié d'eux. La répétition, presque à l'identique de ces deux miracles, nous invite à réfléchir sur la patience de Dieu. Dieu ne se lasse jamais de répéter à notre égard les gestes de sa miséricorde. Nous sommes, nous, des êtres dans le temps et sujets à cette répétition. Notre vie est faite de besoins récurrents, de situations qui se renouvellent, d'habitudes. Et, au niveau de nos péchés comme au niveau de nos besoins, disons au niveau de nos besoins spirituels qui viennent souvent de notre péché, comme au niveau de nos besoins corporels, nous sommes souvent dans des situations similaires, qui se reproduisent régulièrement. Bien de gens se plaignent de ne pas savoir se confesser car ils accusent toujours les mêmes péchés. C'est le propre de l'homme, à cause de sa temporalité d'être ainsi souvent menacé par la routine, la répétition, l'habitude, que ce soient les bonnes habitudes ou les mauvaises, que ce soit dans l'ordre du péché ou des activités profanes ou même dans l'ordre des bonnes actions. Nous avons peu d'imagination, nous inventons mal, et souvent nous nous répétons. En soi, cela a quelque chose de lassant, et parfois nous sommes un peu impatients à l'égard de nous-mêmes, nous trouvons fastidieux d'accuser toujours les mêmes fautes et de faire toujours les mêmes gestes, et d'être amenés, jour après jour, à refaire les mêmes choses.
Lui qui n'est pas dans le temps et n'est donc jamais soumis à la répétition, Dieu dont les actes sont si parfaits qu'ils se suffisent à eux-mêmes, sont plénitude et n'ont donc pas besoin d'être renouvelés ni d'être remplacés par d'autres actes, Dieu, dans son éternité, est plein d'une immense patience à notre égard. Et de même que nos besoins corporels légitimes sont souvent les mêmes et que Dieu nous redonne les mêmes bienfaits, de même devant nos péchés souvent les mêmes Dieu renouvelle son pardon. Dieu est un Dieu de patience et sa miséricorde est sans limites et sans fatigue. C'est parce que cette miséricorde, ce pardon, ces dons de Dieu qui sans cesse nous sont renouvelés, s'alimentent à cet amour que Dieu a pour nous. Et cet amour, parce qu'il est infini, ne peut pas connaître la lassitude, ne peut pas connaître l'ennui. Dieu, nous ne l'ennuyons jamais. C'est le signe de son amour. Nous, nous ennuyons nous-mêmes ou souvent nos proches et même ceux que nous aimons nous ennuient parfois par leur manque d'originalité, mais Dieu Lui, ne s'ennuie jamais. C'est le signe de l'absolu de son amour.
C'est pourquoi nous devons savoir qu'il n'y a jamais à avoir peur de recourir à Dieu en se disant : "Peut-être lui ai-je déjà demandé cette grâce ! Peut-être me l'a-t-il déjà donnée souvent ! Peut-être Dieu va-t-il en avoir assez de venir à mon secours toujours de la même manière !" Dieu n'en aura jamais assez. C'est une certitude fondamentale absolue. Dieu recommencera toujours avec nous les mêmes gestes de miséricorde, les mêmes gestes de bienveillance, les mêmes gestes de tendresse. Dieu ne se lasse jamais de nous dire qu'Il nous aime, précisément parce que son amour est sans limites et sans rivages.
Alors nous pouvons nous appuyer avec force et certitude sur cet amour de Dieu qui est indéfectible. Cela ne veut pas dire que nous devons nous satisfaire de ce perpétuel recommencement de notre vie et du fait de n'avancer jamais et d'être toujours au même point. Précisément parce que Dieu nous aime infiniment, nous voudrions répondre un petit peu à cet amour de Dieu, nous voudrions tant bien que mal, et souvent hélas plutôt mal que bien, mais comme nous le pouvons, essayer au moins de lui manifester en retour un peu de tendresse ou d'affection. Et ceci doit nous donner envie de renouveler les gestes de notre amitié à l'égard de Dieu, cela doit nous donner envie de progresser, de nous approcher de Lui et donc de ne pas rester toujours dans cette morne lassitude et ces habitudes qui se répètent. Mais ce ne doit pas être par crainte de lasser Dieu, mais plutôt par désir de Le remplir d'une joie plus grande en lui donnant les manifestations toujours nouvelles pour Lui.
Par conséquent, à la fois, n'ayons pas peur de lasser Dieu, et essayons de vivre sur un mode toujours nouveau pour aller vers Lui, pour participer davantage à sa nouveauté toujours jaillissante qui est celle de la vie de son cœur. Nous pouvons nous appuyer indéfectiblement sur cette tendresse de Dieu. N'ayons pas peur, Il est toujours là, Il est toujours prêt à nous répondre. Jamais Il ne nous fera défaut.
AMEN