DEUX FORMES DE PRIÈRE
Est 5, 1 a-4 ; Mc 10, 46-52
(20 mai 1986)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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'évangile nous raconte à plusieurs reprises la guérison d'aveugles par Jésus et les réactions de ces aveugles sont assez différentes. Il y a dans l'évangile de saint Jean, cet aveugle de naissance qui est au bord du chemin. Il ne dit rien, il ne demande rien. C'est Jésus qui prendra l'initiative de s'approcher de lui, de lui enduire les yeux de boue et de l'envoyer se laver à la piscine de Siloë. Cet aveugle attendait, il attendait, il ne savait pas bien quoi, mais dans une sorte de confiance, il était dans la paix.
L'aveugle Bartimée dont on nous parle aujourd'hui a une réaction tout à fait différente. Lui mène grand tapage, il crie, il appelle au secours, il supplie, on veut le faire taire, on essaie de l'écarter du chemin de Jésus, pensant que cela va faire du désordre, mais il crie de plus belle, et Jésus l'appelle et le guérit.
Les attitudes différentes de ces aveugles nous sont une instruction quant-à notre besoin de lumière. Nous aussi nous avons besoin d'être guéri par Dieu, et il faut que nous ayons à la fois, dans notre cœur, l'attitude de l'un et de l'autre de ces deux aveugles. D'une part, c'est vrai, tout est grâce, tout vient de Dieu et c'est Dieu seul qui peut nous sauver. Et ce n'est pas en criant plus fort que nous nous ferons davantage entendre. Il est bon d'attendre dans le silence et dans la paix la miséricorde de Dieu comme il est écrit dans les Lamentations de Jérémie. Nous devons avoir cette attitude qui est celle de l'aveugle de naissance et celle aussi de la vierge Marie, de cette humble et silencieuse attention à la venue de Dieu, de cette confiance qui est si profonde qu'on n'a pas besoin de la manifester, de cette confiance qui sait que Dieu choisira l'heure qui est la bonne pour venir s'approcher de nous et guérir notre cœur.
Mais en même temps il faut savoir aussi avoir cette véhémence et ce désir et cet appel inlassable de Bartimée, car la prière ce n'est pas pour se faire entendre davantage de Dieu comme s'il était sourd ou comme s'il fallait le réveiller, ainsi que le disait Élie en se moquant des faux prophètes qui dansaient et tournoyaient autour du sacrifice pour essayer d'attirer l'attention de Baal. Si nous devons crier, appeler Dieu au secours, ce n'est pas parce que nous avons besoin de le réveiller mais parce qu'il faut que nous fassions naître dans notre cœur ce désir. Dieu, certes et Lui seul, peut par sa pure grâce nous guérir et nous combler, mais il faut que notre cœur soit prêt à cette guérison, que notre cœur soit ouvert à cette plénitude de Dieu qui vient le combler. Et pour être ouvert, il faut désirer, il faut attendre, il faut avoir cette puissante tension de tout notre être vers la grâce de Dieu, vers le don de Dieu. Si nous ne demandons pas, nous risquons de ne pas prêter attention à Dieu qui passe et qui vient dans notre vie.
C'est pourquoi la prière, la prière de demande fait partie de l'exercice de notre foi. Nous ne devons pas mépriser cette prière de demande. Certes la prière immobile et silencieuse qu'on appelle l'oraison est une prière plus parfaite dans laquelle nous communions silencieusement à la présence de Dieu, mais l'une n'exclut pas l'autre et nous devons aussi savoir demander, savoir crier, savoir appeler. Et pour cela savoir que nous sommes dans le besoin, de nous savoir pauvres, de nous savoir misérables, connaître la pauvreté de notre cœur et comprendre que ce cœur qui est vide, ce cœur qui est si médiocre, ce cœur qui est malade a besoin absolument de la venue de Dieu sans quoi nous sommes perdus. Pour être sauvés, il faut prendre conscience de notre état de perdition et par conséquent nous sentir transportés d'un immense besoin et d'un immense appel vers Dieu.
Que notre prière soit à la fois l'humble et silencieuse prière de la vierge Marie qu'elle soit aussi la prière véhémente et criante de Bartimée, Il faut que ces deux attitudes se conjoignent dans notre cœur, la confiance et le désir, l'attente et la tension du cœur.
AMEN