PASSER PAR LE TROU DE L'AIGUILLE

Est 4, 20-25 ; Mc 10, 23-31

(18 juin 1986)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

E

st-ce qu'il faut comprendre que le Royaume de Dieu est un endroit où les chameaux pas­sent leur temps à essayer de passer par le chas d'une aiguille ? Est-ce qu'il faut comprendre que le Royaume de Dieu c'est réellement le royaume de l'impossible, puisque cet "impossible pour l'homme" est "possible pour Dieu ? Quand on connaît ce qu'est un chameau, on mesure la difficulté qu'a un riche d'entrer dans le royaume de Dieu.

Le Royaume de Dieu n'est pas le pays d'Alice au pays des Merveilles, mais tout au contraire, il est un "déjà réalisé" en nous. Auparavant certains avaient plus de chances que d'autres d'obtenir le salut, en l'oc­currence ceux qui avaient des richesses ou des talents. Et c'est bien ce que nous racontait l'évangile d'hier quand le jeune homme riche s'en va contristé, malgré ce regard d'amour que Jésus pose sur lui "car il avait de grands biens."

En fait, la grande nouvelle qui doit "nous faire frémir de crainte et de tremblement" c'est que nous sommes devenus proportionnés à Dieu Lui-même. Et lorsqu'on suit avec Esther ce long chemin qui la mène au roi et à la splendeur qui rayonne de son visage et l'illumine on mesure la transcendance, l'immense transcendance de Dieu, de Celui qui est descendu chez les hommes, afin de faire participer tous les hommes à sa propre vie. Non pas qu'Il soit déchu par rapport à ce qu'Il est, et non pas que sa splendeur ait été ternie, mais tout au contraire, c'est nous qu'Il a élevés et fait grandir vers Lui. C'est ainsi qu'il faut parler de proportionnalité entre Lui et nous. C'est que non seulement Dieu s'est intéressé à notre vie, mais Il nous a intéressés à sa propre vie. Et Il nous demande de devenir des collaborateurs de sa propre vie divine, de participer à sa splendeur et à sa transcendance, de participer à ce qui dépasse infini­ment l'homme car, dans cet évangile, est proclamé qu'il n'y a plus d'impossible. Il n'y a qu'un possible : nous sommes devenus proportionnés à la vie divine. C'est dire que Dieu nous appelle à une collaboration.

Est-ce qu'il faut comprendre que Dieu fait ap­pel à nos mérites, afin de mesurer la dignité, afin de décider pour nous de ce salut ? C'est pour cela qu'il n'est plus question ni de riches ni de pauvres mais de tout homme qui est appelé maintenant à devenir col­laborateur de la vie divine. C'est-à-dire qu'il faut faire monter, faire grandir en soi ce que Dieu a mis, dés avant que nous décidons nous aussi de participer à la vie divine. C'est cela cette idée de proportionnalité à la vie divine : c'est que nous sommes tous appelés, indépendamment de nos mérites, tous égaux face à ce salut, quel que soit notre pèche, quels que soient nos mérites. Dieu nous veut dans sa vie. Il ne nous veut plus étrangers à sa propre vie. Il nous veut proches. Et saint Paul le dit admirablement dans l'épître aux Ephésiens : "Voici qu'à présent, dans le Christ Jésus, vous qui jadis étiez loin, vous êtes devenus proches, grâce au Christ. Ainsi donc, vous n'êtes plus des étrangers ni des hôtes, vous êtes concitoyens des saints. Vous êtes de la Maison de Dieu."

 

AMEN