LE SEL

Est 3, 7-11 ; Mc 9, 38-50

(13 juin 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

a dernière parole de Jésus, dans ce passage, nous permet de comprendre ce qu'Il nous dit à propos du scandale, quand Il dit : "Il vaut mieux se couper les pieds ou les mains pour entrer dans le Royaume de Dieu que d'entrer tout entier dans la géhenne de feu". Ce sont des paroles un petit peu difficiles.

Jésus nous dit : "Vous êtes comme du sel". Vous savez ce qu'est le sel. C'est un produit que nous tirons de la terre ou de la mer et qui sert d'abord à donner du goût. Il y a toujours une salière sur la table ou dans la cuisine. Pourquoi ? Parce qu'il y a des ali­ments qui ont du goût, mais le sel vient souligner leur goût, vient rendre leur goût meilleur, vient leur rendre leur goût plus appétissant. Et cela fait plaisir de manger quelque chose non seulement qui est bon mais qui est bien salé. Le sel c'est donc quelque chose qui donne du goût à ce que l'on mange, et c'est heureux de manger de bonnes choses.

Mais le sel a une autre signification, un peu moins connue maintenant. Le sel sert à conserver les aliments. De nos jours pour conserver les aliments on les met au frigidaire ou au congélateur, et ils y restent sans problème pendant très longtemps. Mais avant, quand il n'y avait ni frigidaire ni congélateur, pour garder les aliments, les poissons par exemple, on les salait, on les mettait dans des caisses remplies de sel. le sel avait cette propriété d'empêcher qu'ils pourris­sent, d'empêcher qu'ils soient détruit et l'on pouvait ainsi assez longtemps, dans des endroits frais, garder des aliments. Et le jour où il en manquait on allait en chercher dans cette caisse de sel. Ainsi le sel sert à donner du goût et à conserver, à faire en sorte que les choses ne s'abîment pas, ne soient pas pleines de vers, pleines de pourri.

Or Jésus nous dit à chacun d'entre nous : "Vous êtes le sel, vous êtes le sel de la terre !" C'est évidemment une image, car lorsque Jésus parle du sel, en définitive, Il parle de sa vie à Lui, de la vie qu'Il va nous donner, qu'Il va non pas extraire de la terre, comme les hommes, mais qu'Il va extraire du ciel, de la terre de Dieu, du cœur de Dieu. Dans la parole de Jésus, le sel c'est sa vie. C'est la vie que vous avez reçue, que j'ai reçue, que nous avons reçue au jour de notre baptême. Or cette vie divine, elle est pour don­ner du goût à notre vie humaine, et elle pour conser­ver notre vie humaine pas simplement pour la vie sur la terre, mais pour la vie après la terre, pour la vie dans le Royaume de Dieu.

Nous le savons bien, et vous commencez à le savoir dans votre vie de jeunes, notre existence est intéressante, il y a beaucoup de choses à faire et des choses très bonnes, comme un aliment. Mais si nous n'avions pas la foi en Jésus, si nous n'avions pas la connaissance de Dieu, si nous n'avions pas la prière, si nous n'avions pas la Parole de Dieu, il manquerait quelque chose de très important, il manquerait du goût. La Parole de Dieu, la vie du Christ ne vient pas remplacer notre vie terrestre, mais elle vient faire en sorte que notre vie de jeune, d'homme, de femme, soit quelque chose s'encore meilleur. Ainsi, à cause de notre foi en Dieu, nous devons avoir plus de goût, nous sommes appelés à faire en sorte que notre vie soit meilleure, qu'elle soit pour nous une joie, une joie plus grande que si c'était simplement la joie humaine de la terre.

Et puis cette vie du Christ vient nous conser­ver, car il y a en nous, en chacun d'entre nous, peut-être chez les plus grands un peu plus que chez les plus jeunes une sorte de possibilité de mal. Il y a en nous quelque chose qui peut pourrir, c'est ce que nous ap­pelons le péché. Le péché c'est comme quelque chose qui vient abîmer un aliment et qui empêche que cet aliment soit bon, soit comestible. Il y a en nous comme une sorte de commencement de pourriture, comme pour les aliments. Or la foi au Christ, la vie de Dieu vient empêcher que ce mal, que tous ces péchés détruisent notre vie, fassent un mal profond dans no­tre cœur et dans le cœur de nos frères. C'est par la vie de Jésus que nous sommes conservés, que nous som­mes gardés intacts dans l'amour de Dieu, dans cette vie qu'Il nous a donnée.

Il est donc bien important de comprendre cette parabole, cette image du sel. Le sel c'est notre foi en Jésus qui vient réjouir notre vie, qui vient nous donner un bonheur qui ne remplace pas l'autre mais qui lui donne une dimension encore plus forte, encore plus grande, encore plus exprimée sur notre visage, et en même temps cette foi, cette vie de Jésus en nous nous garde du mal, nous garde du péché. Et au mo­ment où apparemment notre vie sera détruite, au mo­ment de la mort, cette vie de Dieu en nous nous conservera, nous gardera intacts pour la vie éternelle, pour la vie en Dieu.

Alors, vous allez dimanche prochain, faire votre profession de foi. C'est justement ce moment où vous allez redire à Jésus : "Oui, je crois que je suis comme du sel ! Oui, je crois que la foi, en moi, celle que j'ai reçue à mon baptême c'est comme quelque chose qui vient me faire grandir, qui vient me réjouir et qui vient me conserver, me garder dans ton amitié, pour tous les jours de ma vie et pour l'éternité."

Mais il y a une autre dimension. Le sel, si vous en mettez seulement un grain dans votre purée, cela ne donnera pas beaucoup de goût. Il faut en mettre beaucoup, il faut en mettre une pincée ou une poignée. L'Église, les chrétiens dans le monde, sont une immense poignée de sel donnée pour le monde. C'est un immense don que Jésus fait au monde pour que ce monde puisse reprendre goût à la vie de Dieu, puisse reconnaître que son véritable bonheur, sa véritable joie, c'est de croire en Dieu comme vous. C'est aussi pour que ce monde, les jeunes, les enfants qui vous entourent et qui ne sont pas tous croyants, vous le savez bien autant que moi, puissent croire que leur vie ce n'est pas simplement ce qui se passe sur la terre, mais c'est, un jour, d'être conservés, d'être gardés, de vivre avec Dieu au paradis, tous ensemble.

Donc chacun est un petit peu comme un grain de sel, mais si nous n'étions que cela nous ne pour­rions pas faire grand-chose. Donc, nous sommes une poignée de sel que Dieu a donnée au monde. Et cela nous appelle à être, pour le monde, pour vos amis, pour vos parents, pour des membres de votre famille qui ne sont peut-être pas croyants, cela nous appelle à être un goût de Dieu, à donner aux autres le goût de connaître Dieu, à donner aux autres ce désir de vivre avec Dieu pour être gardés, pour être conservé dans l'amour de Dieu, chaque jour de leur vie, malgré tou­tes les difficultés.

Alors nous allons prier ensemble pour que cette eucharistie, où nous allons recevoir le pain, le corps du Christ, soit vraiment pour nous le sel de no­tre vie, et que cet aliment de la vie de Dieu nous aide à devenir aussi le grain de sel qui va donner aux au­tres le goût de connaître Dieu et de rester ami intime avec Lui, et ainsi de grandir dans son affection jusque dans la vie éternelle. Nous prierons pour vous et vous prierez pour nous, car plus on vieillit, plus on oublie les choses nouvelles. Nous ça fait longtemps qu'on entend cet évangile, alors ca ne nous fait plus grand-chose. Pour vous c'est encore une nouveauté, alors il faut que vous priiez pour que cet évangile de Jésus soit, malgré notre maturité ou malgré notre vieillesse vraiment une nouveauté qui nous empêche de trop vieillir dans notre cœur, pour garder toujours cette jeunesse de Dieu.

 

AMEN