LE PLUS GRAND
Est 3, 1-6 ; Mc 9, 30-37
(12 juin 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous ne sommes pas les apôtres et nous avons souvent vis-à-vis d'eux un petit sentiment de supériorité. En l'occurrence dans cet évangile leur discussion nous paraît bien puérile et bien peu conforme à l'idée que nous nous faisons du Seigneur, maître de l'univers. "Qui est grand ?" alors que le Seigneur est là parmi eux. N'allons pas trop vite dans ce jugement à l'égard des apôtres car il s'agit bien là d'hommes virils, responsables, qui ont fait un choix indubitable, radical dans leur vie puisqu'ils ont suivi cet homme, Jésus de Nazareth, et qu'ils ont tout laissé pour Lui.
Une discussion comme celle qui anime les apôtres si elle nous paraît puérile, essayons plutôt de comprendre ce qu'elle peut signifier plus profondément. La réponse de Jésus, que nous connaissons bien, concerne ces enfants et plusieurs fois dans l'évangile de Marc il est question de ces enfants que Jésus embrasse et met au milieu de ses disciples en disant : "Voilà le plus grand !" Mais ne croyons pas pour autant qu'il y a là une nécessité à régresser au rang de l'enfant, au rang de celui qui, finalement, est irresponsable, de celui qui, tout sourire dans ce monde, avance d'un pas léger, mais sans bien comprendre ce qui lui arrive.
Si l'on veut rentrer dans cette discussion de "celui qui est le plus grand" et si Jésus montre l'enfant comme la solution de cette question, c'est simplement pour nous montrer qu'il y a à grandir, non pas revenir en arrière dans une époque où tout allait mieux, où enfant avec notre père ou notre mère nous étions dans une confiance totale. Ce serait finalement de la part de Dieu mépriser notre propre vie que de croire qu'elle ne sert à rien, qu'il faut donc revenir en arrière. Loin de là, il ne s'agit pas de "gâtifier" sur sa propre enfance, mais de devenir vraiment un grand. Et c'est bien là que la réponse de Jésus s'éclaire. Si la discussion des apôtres concerne des hommes responsables, elle nous touche dans notre dimension d'adultes, donc de responsabilité. Elle nous dit : là où vous êtes en ce moment, vous n'êtes pas encore arrivés et il vous faut encore grandir. C'est là que se situe la réponse de Jésus, et c'est pour cela qu'après avoir désigné l'enfant, Il nous parle de serviteur, car grandir, vous le savez, dans l'évangile ce n'est pas dépasser les autres, mais c'est simplement donner.
Ainsi on est loin de cette vue quelque peu lénifiante du petit enfant si bon aux pieds de Jésus, mais il est désigné là un projet plus global, concernant tout l'homme, dans sa responsabilité la plus profonde, de celui qui a, en toute réflexion, et avec la grâce de Dieu, à vraiment grandir, afin de donner sa vie.
Finalement, qui parmi nous est le plus grand ? Qui parmi nous peut se croire le plus grand, si ce n'est celui qui, peut-être de façon invisible, donne incessamment creuse incessamment dans le fond de son cœur, cette place immense pour les autres et pour Dieu. Donc un enfant, mais un enfant, comme dit Bernanos, c'est cette enfance à laquelle nous sommes appelés, qui vient après multiples et multiples souffrances et qui est celle de la fin de la vie. C'est à cette enfance-là que nous sommes appelés, c'est cet enfant-là qui peut, un jour, devenir grand dans les bras du Père.
AMEN