LES YEUX DU CŒUR
Jc 5, 9-12 ; Mc 8, 22-26
(4 juin 1986)
Homélie du Frère Jean-François NOEL
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ous avons le même problème, vous et moi : j'en ai vu qui bâillaient à l'instant, et le problème entre vous et moi, c'est que tous les matins il faut ouvrir les yeux. Il y a une solution : c'est de faire semblant de dormir encore, de les garder fermés, et l'on a comme l'impression que ça pourrait durer, mais en général, maman vient dans la chambre et il est temps de se lever. Cela c'est les yeux qui sont ici, entre le nez et le front, et vous les connaissez parce que tous les matins, il faut se les frotter pour qu'ils commencent à voir clair, et ce n'est pas des autres que l'on voit danser, comme pour l'aveugle, mais c'est des gens et le petit déjeuner. Cela ce sont les yeux du corps.
Mais imaginez un instant avec moi qu'il y a d'autres yeux ailleurs, mais des yeux qui sont bien pratiques parce qu'ils voient l'invisible, alors ceux-là ce sont les yeux du cœur. Lorsque vous dormez profondément et que vous pensez à tout ce que vous rêvez, est-ce que vous pensez que vous allez vous réveiller ? Non ! Evidemment puisqu'on pense surtout qu'on va dormir et que c'est bien agréable. Pour les yeux du cœur c'est un peu pareil. Finalement, est-ce que maintenant encore, on ne serait pas en train de dormir ? Evidemment on a les yeux du corps qui sont réveillés, qui voient. Mais les yeux du cœur, eux, je me pose la question, est-ce qu'ils sont vraiment bien ouverts ? Je n'en sais rien, parce que si je dors, je ne m'en aperçois pas. Alors comment peut-on voir, comment peut-on s'apercevoir si les yeux du cœur sont vraiment bien ouverts ?
Jésus, vous avez vu, emploie les grands moyens puisqu'Il prend de la salive et en met sur les yeux. D'ailleurs, vous avez remarqué, Jésus commence par prendre par la main l'aveugle et Il l'emmène hors du village. Il aurait pu faire ça dans un cagibi, ou chez le monsieur, Il a préféré faire ça dans la campagne, là où il y a un horizon assez large, là où Il y a de la lumière. Mais avant de lui ouvrir les yeux et de lui mettre devant une lampe, comme pour l'interroger, Jésus le prend par la main et l'emmène avec Lui.
Notre vie de chrétiens ou de chrétiennes c'est un peu cela. Jésus, avant de vous ouvrir brutalement les yeux, sinon vous seriez complètement aveuglés comme le matin lorsque papa ouvre les rideaux et que ce n'est pas le moment de se lever, Jésus vous prend par la main et vous dit : "Attention, je vais procéder à une opération délicate : je vais ouvrir les yeux du cœur !" Pas pratique !
Et qu'est-ce qu'on voit avec les yeux du cœur ? On voit que sa petite sœur ou son petit frère, ou sa grand-mère ou son grand-père, ou les amis de l'école ne sont pas si méchants que ça et, on arrive à voir au fond de chacun d'eux. Et puis on voit aussi qu'il y a quelque chose de bon qui peut briller et qu'on peut nous-mêmes aussi faire quelque chose de bon. Plus loin encore, les yeux du cœur, qu'est-ce qu'ils permettent de voir à l'eucharistie ? Ils permettent de voir que ce n'est pas seulement du pain et du vin, mais c'est le corps et le sang du Christ. Pourtant mes yeux du corps, voient bien le pain et le vin. Alors les yeux du cœur c'est ceux qui vont un peu plus loin, non pas des rayons laser, car c'est encore un truc que les hommes ont inventé, mais les yeux du cœur c'est un truc que Dieu a inventé uniquement pour nous, pour qu'on puisse voir au-delà de ce qu'on ne peut pas voir, pour qu'on puisse voir l'invisible.
Aujourd'hui, vous faites une retraite, vous allez fermer les yeux, vous allez vous dire que Jésus vous prend par la main et qu'Il va très doucement, très doucement vous ouvrir les yeux, afin que vous le rencontriez vraiment, à travers le pain et le vin, car c'est Lui qui vient, mais seuls les yeux du cœur peuvent le voir.
AMEN