JÉSUS LE RASSEMBLEUR
Jc 4, 13-17 ; Mc 8, 1-10
(29 mai 1986)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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arc nous rapporte deux multiplications des pains : une première qui se passe en territoire juif et une seconde, celle que nous venons de lire aujourd'hui et qui se situe au cours d'un voyage de Jésus en dehors de la Galilée, par conséquent en territoire païen. C'est sans doute ce qui explique que Marc a pris soin de noter tous les détails qui marquent la différence d'intention de Jésus dans chacun de ces événements.
Apparemment ils se ressemblent étonnamment, c'est la même situation : des gens affamés et Jésus qui a pitié d'eux et qui fait appel aux ressources et aux moyens du bord, c'est-à-dire quelques pains et quelques poissons, pour les multiplier et ainsi rassasier les foules. En réalité, cette arête commune de chacun des récits ne doit pas nous cacher les détails et différents traits qui marquent comment l'évangéliste veut montrer l'intention de Jésus.
Le première différence notable c'est que dans le premier récit la foule suit Jésus. Elle marche à sa suite. Le peuple juif est encore dans l'orbite messianique. Il n'y a pas eu encore de rupture entre Jésus et le peuple, et par conséquent Marc souligne que "le peuple suivait Jésus". On est donc ici dans la perspective de l'Exode, du peuple qui est à la suite de Moïse et ici maintenant du peuple qui marche à la suite de Jésus, nouveau Moïse. Par conséquent, le problème est de manifester la puissance de Jésus comme "Celui qui donne la manne, le pain descendu du ciel". C'est pourquoi Jean a ajouté à la suite de cet épisode le discours sur le pain de vie que Jésus tient à Capharnaüm. Dans ce cas-là, la perspective de la multiplication des pains telle qu'elle nous est racontée, c'est de nous montrer à quel point Jésus vient combler l'espérance et l'attente du peuple. D'autres petits détails corroborent cette interprétation, par exemple le fait que Jésus met les disciples en demeure de trouver la nourriture. Pourquoi cela ? Parce que les disciples sont les douze instaurés comme Juges sur les douze tribus d'Israël. C'est une manière de montrer que déjà Israël leur est confié et que, par conséquent, ils doivent s'en soucier. Enfin le nombre des corbeilles en surplus est de douze, c'est-à-dire une par apôtre et une par tribu d'Israël. Il s'agit de montrer comment Jésus accomplit le miracle de la manne mais l'accomplit en plénitude : c'est une manne qui maintenant descend du ciel à travers la personne même de Jésus, et non pas simplement sur la prière de Moïse, et cette manne, à la différence de celle donnée dans le désert laisse du surplus Dans le désert les hébreux ne pouvaient pas garder de la manne pour le lendemain. Le fait des douze corbeilles montre 1'abondance que Dieu donne à son peuple par Jésus-Christ.
Dans le deuxième récit, on ne nous parle pas de la foule qui suit Jésus. Jésus dit simplement : "Voilà trois jours qu'ils sont avec Moi !" Par conséquent ce n'est pas la foule qui, comme le peuple juif s'est mise à la remorque de son Messie ou de Celui qu'elle croit être le Messie avant de s'en séparer. Mais il s'agit de Jésus qui a provoqué un attroupement autour de Lui. Le païen lui-même n'est pas capable de se mettre en route vers le Messie, c'est le Messie qui vient chez lui. A ce moment-là Jésus manifeste par une sorte de prophétie, comment Il peut s'instaurer en territoire païen : c'est par ce temps des trois jours qui évoquent la mort et la résurrection du Christ. "Voilà trois jours qu'ils sont avec Moi !" C'est le fait qu'en réalité la véritable multiplication des pains auprès des païens n'est plus donnée comme dans la ligne de la promesse de l'Exode, mais elle est donnée ici dans la promesse de la Pâque : le Christ qui donne sa vie pour tous les hommes. C'est autre chose, c'est une extension du salut, par rapport à l'autre récit. C'est le fait que le Christ, ayant pour ainsi dire entraîne les païens trois jours et trois nuits dans sa mort et dans sa résurrection, peut maintenant leur faire partager le banquet du Royaume. C'est la grande différence entre Israël et les païens. Israël est appelé à suivre, avant même la Pâque, la conduite de son Messie Jésus, manne qui descend du ciel. Tandis que les païens ne peuvent recevoir la multiplication des pains que dans le signe des trois jours, c'est-à-dire de la mort et de la résurrection de Celui qui va devenir le Seigneur de l'humanité.
Et là Jésus ne dit pas aux disciples : "Débrouillez-vous pour leur donner à manger !" C'est Jésus Lui-même qui dit : quelles sont les ressources que nous avons. Il faut que nous leur donnions à manger. Ici il y a le motif profond du salut des païens, c'est la miséricorde : "J'ai pitié de cette foule !" Avec Israël, Dieu est lié par le lien de sa promesse, avec les païens Il est lié par le lien de sa miséricorde. Enfin on ramasse sept corbeilles et sept signifie la plénitude du rassemblement. Il y a une sorte de jeu des chiffres : 4, 4000 hommes signifie la plénitude de l'humanité telle qu'elle est maintenant et sept corbeilles signifie une humanité qui a trouvé une plus grande plénitude que par elle-même, une plénitude qui lui a été donnée par sa participation au Royaume.
AMEN