LE FIGUIER STÉRILE SIGNE DU JUGEMENT D'ISRAËL
Pv 3, 25-32 ; Mc 11, 11-35
(15 février 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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'enchaînement des événements de la vie de Jésus qui nous sont relatés dans ce passage d'évangile a quelque chose de bien mystérieux et de bien étrange. Tout d'abord Jésus nous est décrit comme passant simplement dans le Temple et y jetant un regard circulaire, et aussitôt après Il s'en va. Le lendemain, Il maudit le figuier parce qu'Il n'y trouve pas de figues, alors que ce n'est pas la saison des fruits. Ensuite, Il chasse les vendeurs du Temple, et au retour, alors que les disciples que le figuier est desséché, le Seigneur enchaîne un enseignement sur la foi et la prière.
Tout ceci est riche d'un enseignement. Je voudrais seulement attirer votre attention sur un point. Lorsque le Christ entre dans le Temple, il y entre simplement pour jeter un regard. Ce regard n'est pas un regard de spectateur ou de curiosité, mais c'est véritablement que, par son regard humain, le Christ prend possession du Temple. Le mot qui est employé, à cet endroit-là, dans l'évangile, signifie précisément que le Seigneur "s'empare" du Temple, parce que le Temple étant le lieu de la présence de Dieu, c'est Lui le Temple véritable. Par conséquent, par le simple regard qu'Il jette là, c'est le regard du Maître de maison sur sa maison. D'une certaine manière, en jetant simplement ce regard circulaire autour de Lui, Jésus veut manifester par là qu'Il est le seul à voir le mystère du Temple et à saisir ce que signifie la présence du Temple au milieu du peuple, au milieu de la terre que Dieu a donnée aux Pères.
Et, lorsqu'Il a jeté ce regard sur le Temple, le Christ voit qu'effectivement Il n'y rencontre qu'incrédulité. C'est pourquoi le lendemain, lorsqu'il va demander des fruits au figuier et qu'Il n'en trouve pas, le problème n'est pas de savoir si le Christ en a cherché à la saison des figues ou en dehors de la saison des figues, c'est que ce figuier représente Israël, et Israël dans son Temple. Dans le temple du Seigneur, la prière est devenue stérile. Et lorsque Jésus s'avance vers le temple, Il rencontre le figuier qui est comme une sorte de signe prophétique de ce qui va se passer. Le figuier desséché, c'est la prophétie de ce que, en fait, lorsque le Seigneur va rentrer à nouveau dans le Temple, Il n'y trouvera rien, que du commerce, des vendeurs et des changeurs. C'est pourquoi le Christ a sur les lèvres la parole du prophète : "Ma maison sera appelée maison de prière et vous en avez fait un repaire de brigands." C'est-à-dire que, tout comme le figuier était stérile, ne portait pas de fruits, de même le Temple qui était le lieu de la présence de Dieu, était devenu stérile. Il n'est plus maison de prière, il ne porte plus le fruit de la prière, mais il est desséché, il ne porte plus que des fruits d'échange, de commerce et d'un culte purement extérieur.
C'est pourquoi Jésus, précisément, parce qu'Il a jeté ce regard sur le temple pour s'en emparer, peut maintenant, prononcer le jugement sur le Temple. Lorsque Jésus chasse les vendeurs, c'est le jugement dernier qui est inauguré à l'intérieur du temple, c'est-à-dire l'endroit où il y a la présence de Dieu. Et la présence de Dieu se manifeste comme ce qu'elle est, c'est-à-dire une présence qui, normalement devrait porter du fruit de prière, et quand les hommes s'y opposent ou se mettent en travers du chemin de Dieu, Dieu les chasse pour accomplir malgré tout son dessein.
C'est pourquoi il n'est pas étonnant que, lorsque Jésus revient du temple, et que les disciples constatent que le figuier est desséché, Jésus enchaîne son enseignement sur la foi, la prière de demande et la prière tout court. Jésus explique que ce qu'il est venu faire, c'est constituer un peuple de prière, c'est-à-dire un peuple qui appartienne totalement au Père et que la prière chrétienne, la prière que le Christ vient apporter au milieu de son peuple, c'est la prière qui nous permet de rencontrer cœur à cœur notre Père qui est aux cieux. Et c'est cela la conclusion de tout cet épisode, c'est que le Christ manifeste ainsi aux disciples quel était le sens véritable du temple, de quelle manière il a été défiguré et profané, et de quelle manière Lui-même va devenir le Temple nouveau et nous ouvrir la possibilité d'une véritable prière. Désormais, il n'y aura plus d'autre possibilité de rentrer dans la prière, c'est-à-dire dans le cœur à cœur avec Dieu, autrement qu'en priant avec le Christ et dans le Christ.
Les chrétiens que nous sommes aujourd'hui, nous sommes encore les témoins de ce geste prophétique du Christ. Ce que nous avons à dire, c'est que Dieu a voulu que nous soyons proches de Lui, que nous puissions Lui parler, sans intermédiaire, que la prière soit le geste de la plus immédiate spontanéité de notre cœur en face de celui de Dieu.
Ce que nous avons à dire, c'est que rien ne doit normalement se mettre en travers. C'est précisément cela qui est notre combat intérieur, c'est précisément cela tout l'effort de notre existence : d'arriver à ce que notre prière soit véritablement une rencontre, soit véritablement un cœur à cœur avec le Seigneur, et que nous n'essayons pas de bâtir ou de construire je ne sais quoi entre le Seigneur et nous.
Que le Seigneur nous exauce, qu'Il nous donne d'être de véritables hommes de prière. Que nous découvrions vraiment la prière que le Christ a introduite dans son peuple et dans son Église.
AMEN