GUÉRISON D'UN ENFANT SOURD-MUET
Pv 30, 5-9 ; Mc 9, 14-29
(12 février 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS
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e miracle que nous venons de lire se situe, dans la vie de Jésus, immédiatement après la Transfiguration, et ceci n'est pas sans signification. En effet, le Seigneur ayant pris Pierre, Jacques et Jean, est transfiguré sur la montagne pour faire pressentir la gloire de sa Résurrection, au moment même où Il se tourne vers Jérusalem pour y témoigner de sa divinité, être condamné et mourir. Ainsi la Transfiguration marque ce tournant dans la vie du Seigneur où la plénitude du mystère de la Rédemption commence à être révélée au cœur des disciples et d'abord à ces trois colonnes que sont pour l'Église, Pierre, Jacques et Jean.
Nous pourrions croire que la Transfiguration est simplement une sorte de révélation qui ne concerne que Jésus lui-même, comme si c'était dans une sorte de scénario très regroupé, très condensé, une sorte d'esquisse de ce qui allait se passer plus tard. Mais précisément le récit de la guérison de l'enfant possède par un esprit sourd et muet nous montre qu'en réalité la Passion et le mystère de la Rédemption n'est pas quelque chose qui préoccupe Jésus seul, mais que c'est une réalité qui est pour nous, pour notre salut. En effet, tout se passe comme si le miracle de la guérison de cet enfant était une sorte d'application à l'enfant lui-même du mystère de la mort et de la résurrection.
Tout d'abord, lorsque Jésus rejoint le groupe, celui-ci est en pleine discussion, sans doute au sujet de l'enfant, parce qu'on a dû essayer de le guérir et que les disciples de Jésus, restés dans la plaine, n'y sont pas arrivés. Cela signifie toute la tragédie du mal, à laquelle est livré cet enfant, figure de l'innocence. Et une tragédie du mal dont la foule est toujours le témoin, au sujet de laquelle nous avons toujours un avis car il semble que les gens discutent avec véhémence, et cependant vis-à-vis de laquelle nous nous sentons totalement impuissants. Et lorsque Jésus arrive, Il reproche aux gens rassemblés autour de l'enfant, leur incrédulité C'est le sens même de la venue du Christ sur la terre qui, au moment même où Il sera condamné, manifestera par là l'incrédulité de son peuple et des hommes qui n'ont pas voulu l'accueillir.
Ensuite, le procédé même de la guérison est effectivement en trois moments. D'une part, l'enfant est touché par Jésus, l'enfant dont l'esprit sort en vociférant, et cet enfant est laissé pour mort. Tout le monde le tient pour mort. Et, à l'autre bout du miracle, il y a le geste de Jésus qui tend la main pour le relever, ce qui est le vocabulaire même de la Résurrection. Ainsi, Jésus fait vivre à cet enfant le mystère desa propre mort et de sa résurrection, pour lui donner le salut. On peut dire, en toute vérité que la guérison de cet enfant a été de mourir avec le Christ pour ressusciter avec Lui, Mais, pour que le signe soit totalement accompli, le Seigneur demande au préalable, un troisième élément : c'est la foi du père, "Si c'est possible ! Mais à Dieu tout est possible ! Crois-tu cela ?" Et le père dit : "Oui, je crois Seigneur, mais viens en aide à mon peu de foi !" La mort et la résurrection du Seigneur nous sont données comme source de notre foi et pour notre foi, pour que notre foi grandisse dans le don même du Christ qui livre sa vie.
Ainsi en est-il de chacun de nous, livré au milieu de cette foule de l'humanité dans laquelle nos existences sont ballottées, menées de ça de là Et comme le père de cet enfant, nous avons à demander toujours : "Seigneur, je crois, mais viens en aide à mon peu de foi !" pour qu'alors, au plus intime de nous-même, nous voyions se réaliser en nous ce que le Christ a vécu pour nous : mourir et ressusciter par Lui et avec Lui.
AMEN