APERÇOIS-TU QUELQUE CHOSE ?
Pv 21, 1-8+13 ; Mc 8, 22-26
(8 février 1985)
Homélie du Frère Michel MORIN
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ette parole, adressée par Jésus à l'aveugle de Bethsaïde qu'Il vient de toucher, qu'Il vient de prendre par la main, sur les yeux duquel Il a posé un peu de salive, cette parole est, en définitive, un appel à le voir, Lui. "Vois-tu quelque chose ?" L'aveugle répond :"Je vois, mais je vois de façon très floue, très indistincte. Je vois des gens, mais on dirait des arbres qui marchent ", comme si les hommes, tout d'un coup, ressemblaient à des arbres qui se déracineraient pour marcher sur les chemins.
"Aperçois-tu quelque chose ?" Nous avons, nous-mêmes, été pris par la main par le Seigneur Jésus au jour de notre baptême. Il nous a fait sortir de notre bourg de ténèbres et de péché Il a posé sur nos yeux, sur notre chair, un peu de salive, en nous imposant les mains pour nous guérir. Mais voilà, que ce miracle de la grâce du Christ par le baptême, s'accomplit en nous lentement, tout au long de notre vie. Et notre foi chrétienne, c'est, en définitive nos yeux qui, très lentement, s'ouvrent à sa lumière, à son visage, à sa présence.
Jésus ne fait pas à cet aveugle le reproche de voir lentement. Il ne lui reproche pas de ne pas voir tout, tout de suite, car le Seigneur, par la délicatesse de son cœur, connaît la lenteur de notre propre cœur, la lenteur de notre propre conversion. Et II sait bien, Lui qui voit tout toujours, que nous-mêmes nous ne pouvons pas, du jour au lendemain, nous convertir totalement et dire : "Oui, Seigneur, je vois clair !"
"Aperçois~tu quelque chose ?" Le Seigneur veut aussi que nous répondions car notre vie chrétienne, c'est de voir quelque chose, de le voir de façon floue, de façon indistincte, parfois avec une certitude qui demande à être affinée, à être précisée, à être fignolée. Il nous faut regarder notre propre monde, notre propre vie, par cette lumière qui nous a été donnée au baptême et qui doit, petit à petit, nous permettre de voir ce monde, de faire notre vie, de façon totalement claire, de façon totalement sûre, avec les yeux mêmes, avec la lumière même du Christ. Cet apprentissage est très difficile car nous aimerions que la certitude de notre foi nous donne des solutions, nous donne des réponses extrêmement claires, distinctes et rapides pour toutes choses, pour tout problème, pour toute situation, pour toute difficulté. Cela n'est pas possible, car nous sommes des hommes, nous sommes lents à nous convertir, nous sommes lents à ouvrir les yeux et surtout, nous sommes très rapidement éblouis par cette extraordinaire lumière que nous donne la foi, et en définitive, nous regardons les choses en fermant les paupières parce que nous savons très bien que si nous nous mettions à les ouvrir grandement nous serions éblouis, nous serions brûlés au feu de cette lumière, au feu de cet amour. Et cependant, c'est à cela que nous sommes appelés.
En dernière instance, Jésus recommence de nouveau à mettre ses mains sur les yeux de l'aveugle, car lorsque le Christ a touché quelqu'un de sa main, Il n'enlève pas ses mains, et continuellement ses mains reposent sur lui, signe de sa présence et de la force qu'Il nous donne, en dernière instance, il est dit que l'aveugle vit clair. "II fut rétabli et il voyait tout nettement et de loin."
Que cette eucharistie, que cette prière, que cette rencontre avec le Christ ouvre aujourd'hui un peu plus nos yeux, ouvre un peu plus nos regards sur les choses, avec cette intensité de la foi. Non pas pour les comprendre tout de suite, mais en tout cas pour avoir la volonté petit à petit, lentement, d'y discerner le visage du Christ, d'y discerner sa volonté et d'entrer pleinement dans cette lumière. Alors, au jour de notre mort, nous verrons vraiment, de façon tout à fait claire, et j'allais dire dans l'obscurité de notre souffrance et de notre mort, avec certitude, nous le verrons nettement et de loin.
AMEN