SECONDE MULTIPLICATION DES PAINS

Pv 11, 2 b-11 ; Mc 8, 1-10

(6 février 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Q

 

uelques brèves remarques sur cette page d'évangile. Il s'agit de la seconde multiplication des pains. Cela montre le caractère inlassable de la bienveillance de Dieu qui ne craint pas de reprendre les mêmes gestes à notre égard, qui ne se laisse pas rebuter par notre manque de foi, dont les foules avaient fait preuve après la première multiplication des pains, mais qui, sans cesse, revient pour nous guérir.

La deuxième remarque, ce sont les paroles du Christ au début de ce récit. "J'ai pitié de la foule ! Voilà déjà trois jours qu'ils restent auprès de Moi. Si je les renvoie à jeun chez eux, ils vont défaillir en route, et il y en a parmi eux qui sont venus de loin," Jésus accomplit ses miracles par miséricorde, par bonté, par tendresse. C'est à cause de la misère des hommes que Jésus leur vient en aide. Ses miracles sont comme un jaillissement de la miséricorde de Dieu Cette miséricorde est attentive aux moindres détails. Il sait que "certains viennent de loin" Il prévoit que, s'Il les renvoie à jeun, certains vont défaillir en route. Le Seigneur fait attention à tous les détails de notre vie. Rien n'est trop petit pour sa tendresse et sa miséricorde.

Une troisième remarque, C'est que Jésus ne crée pas le pain à partir de rien. Il demande aux disciples : "Combien avez-vous de pains ?" Ils en avaient sept et quelques petits poissons. C'est à partir de ce que les disciples avaient apporté dans l'autre multiplication des pains, c'était à partir de ce qu'un jeune homme avait apporté, c'est à partir de ce que les hommes offrent que Dieu multiplie les biens. Dieu veut que nous fassions le premier geste, si modeste soit-il, si pauvre, si dérisoire soit-il. Et c'est à partir de cet engagement de nous-même qu'Il va multiplier la signification de ce geste fraternel que nous avons accompli. Dieu ne veut pas faire tout à notre place. Il n'agit pas sans nous, mais à partir de ce que nous faisons Il accomplit des merveilles.

Quatrième remarque. Il y a du surplus "sept corbeilles". Après avoir nourri tant de personnes, ils étaient plus de quatre mille, il reste encore du pain en surabondance. C'est la profusion des dons de Dieu. Dieu n'est pas chiche. Il ne nous donne pas ses grâces au compte-gouttes, mais au contraire, Il nous inonde de sa grâce. Il nous remplit bien au-delà de ce dont nous avons besoin, bien au-delà de ce que nous avons pu désirer ou même seulement imaginer, la grâce de Dieu est toujours surabondante.

Voilà donc quelques remarques évoquées par ce miracle de la multiplication des pains. Nous pouvons les appliquer chaque jour à notre vie. Et j'ajouterai une dernière observation, c'est qu'au moment de multiplier les pains, le Christ accomplit les mêmes gestes qu'Il reprendra le jour de l'eucharistie : " Prenant les pains, Il rend grâces, Il les rompt et les distribue à ses disciples pour qu'ils les donnent à la foule." Ce sont exactement les mêmes gestes qu'Il accomplira lors de la dernière cène. Il y a une continuité dans notre vie quotidienne, notre vie profane, entre nos repas de la terre et ce repas du ciel qui nous est déjà ouvert. Cette eucharistie, ce n'est pas une parenthèse au milieu de notre vie. Elle fait partie intégrante de notre vie de chaque jour et quand nous prenons notre repas ou quand nous partageons notre pain avec nos frères, cela n'est pas sans rapport avec l'eucharistie. C'est l'eucharistie qui se continue et qui se répand dans tous les détails quotidiens de notre existence.

 

AMEN