LE DON
Ep 4, 14-16 ; Mc 12, 35-44
(26 juin 1984)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL
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ans cette parabole vécue de la veuve qui, en mettant seulement une somme dérisoire, a mis plus que tous les autres, le Seigneur Jésus veut nous enseigner que le don ne consiste pas seulement en l'objet que l'on donne, mais bien plus encore dans ce qui, à travers cet objet, est réellement donné, c'est-à-dire nous-mêmes. Et il n'y a de don véritable que celui qui est de la totalité de notre être. Quand il s'agit de se donner soi-même, il ne s'agit pas de donner quelque chose, mais il s'agit d'un don qui ne peut être que total ou bien qui n'a pas de sens. On ne peut pas se donner partiellement, se donner à moitié. Si on donne son propre être, son propre cœur, on ne peut le donner que de façon totale.
Nous comprenons à ce moment-là que tout don d'un objet, d'une somme d'argent, de quelque chose que ce soit, y compris donner son temps, ne peut être que l'expression extérieure, le signe, le symbole en quelque sorte, de ce don beaucoup plus profond qui seul a vraiment valeur. Ce que nous donnons est dérisoire, quel qu'en soit le montant, si nous ne donnons pas réellement quelque chose de nous-même en même temps. Si nous ne donnons pas notre être profond, nos dons matériels ne sont que des symboles vides, car l'objet du don n'est pas une tractation économique, il ne s'agit pas de payer quelque chose ou de venir en aide à quelque besoin, mais il s'agit d'un échange beaucoup plus radical, beaucoup plus profond. Il s'agit véritablement de la communion de notre être avec l'être de celui à qui nous nous adressons. Et chaque fois que nous donnons, fût-ce un peu de notre temps ou de notre attention, ce ne peut être qu'un don de notre cœur. Et c'est dans la mesure où nous donnons véritablement notre cœur que cela devient et mérite d'être appelé un don, sans quoi il y a seulement un geste extérieur, peut-être une entraide avec quelqu'un qui est dans le besoin. Mais le don, qui est ce mot si beau que la théologie l'attribue au Saint Esprit qui est le don par excellence, le don ce ne peut être que cette mise à la disposition radicale de nous-mêmes à l'égard d'un autre.
Le don que Dieu nous fait de son Esprit, de l'Esprit Saint, est en quelque sorte le prototype, le modèle et aussi le moteur profond de tous les dons que nous pouvons faire nous aussi. Toutes les fois que nous nous donnons nous-mêmes, nous sommes guidés par l'Esprit de Dieu, nous sommes pris en main par l'Esprit Saint qui est le don véritable et qui seul peut nous permettre de véritablement nous donner nous aussi. Car nous ne nous possédons pas nous-mêmes, nous n'appartenons pas à notre propre volonté et nous ne pouvons nous donner, en ce sens vrai et profond, que si une force et un amour plus grand et plus profond nous poussent, nous animent et nous prennent en main.
Il y a beaucoup de circonstances dans la vie où nous sommes amenés à donner quelque chose, quoi que ce soit. Il faudrait que nous apprenions à enraciner ces gestes quotidiens et si fréquents dans cette signification profonde qui est celle du don total de nous-mêmes, et plus encore du don que Dieu nous fait de son Esprit qui, non seulement nous enrichit mais nous permet à notre tour de devenir donateurs. Soyons animés par la présence de l'Esprit de Dieu pour qu'Il fasse de nous des êtres de don et non pas des êtres d'avarice ou des êtres d'avidité. Que nous ne soyons pas toujours en train d'amasser et de consolider notre propre être par un avoir supplémentaire, mais que nous comprenions, en vérité, qu'on ne possède vraiment que ce que l'on donne.
AMEN