RENDEZ A CÉSAR

Ep 3, 14-21 ; Mc 12, 13-17

(20 juin 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

R

 

endez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu." Nous sommes peut-être étonnés par le fait que l'évangéliste ajoute : "et ils furent tous surpris par cette réponse." En effet, pour nous cette phrase paraît maintenant évidente. Elle est la sanction d'une distinction entre l'ordre des choses, du monde tel qu'il va et, d'autre part, l'aspect d'un comportement religieux. Mais, effectivement, à cette époque-là ce n'était pas du tout le cas.

Pour les juifs, dans une certaine interprétation, le fait de rendre l'impôt à César compromettait une certaine compréhension de la manière d'être juive, c'est-à-dire de bloquer à la fois une perspective religieuse avec des conséquences politiques. Ce n'était pas le fait de tous les juifs et je pense que si on nous signale la présence des Hérodiens dans cette affaire, c'est peut-être parce qu'ils avaient envie de voir si Jésus n'avait pas des tendances révolutionnaires. En effet, les Hérodiens étaient complètement compromis avec le pouvoir romain et si Jésus avait lâché un quelconque mot à l'encontre de l'autorité de César sur les juifs de Palestine, cela aurait pu déclencher immédiatement le procès qui s'est déclenché plus tard, d'ailleurs pour le même sujet, parce que le Christ s'était déclaré roi et on l'interprétait de façon politique.

Or la réponse de Jésus est claire : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu !" Cela vient du fait que les monnaies étant frappées à l'effigie de César font partie du trésor de César, c'est-à-dire qu'elles lui appartiennent. L'argent marqué par l'effigie d'un prince appartenait de droit à ce prince. Par conséquent Jésus dit tout simplement : puisque cela appartient à César, il faut lui rendre ce qui lui revient. Il ne place pas le problème dans une perspective politique mais dans une simple question de justice à l'intérieur de la société puisque la possibilité même que circule l'argent, c'est à César qu'on le doit, il faut lui rendre ce qui lui revient de droit.

Mais, en même temps cette réponse est extrêmement profonde car le Christ car le Christ dit deux choses en même temps : "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu !" Or, il faut bien le comprendre, tout appartient à Dieu, y compris César. Par conséquent, celui qui rend l'impôt a le devoir de savoir ce qui revient à Dieu et ce qui revient à César. A aucun moment, l'homme ne peut se faire le serviteur de ce qui pourrait aller contre la volonté même de Dieu. Je pense que c'est là la fine pointe de la parole du Christ. C'est-à-dire, il faut un certain discernement, à l'intérieur même de votre existence, dans tout le comportement que vous avez, pour savoir distinguer ce qui en réalité revient à César et ce qui, en réalité, revient à Dieu, mais tout en respectant une certaine autonomie du pouvoir politique, de la société telle qu'elle va, et que nous n'ayons pas une sorte d'emprise, immédiatement religieuse au nom de principes religieux, sur une société. Car, effectivement, à ce moment-là, tout peut dégénérer en une sorte de fanatisme.

La réponse de Jésus est effectivement très surprenante et très subtile. Pour nous aujourd'hui, elle est à la fois un point de repère auquel nous devons nous accrocher avec beaucoup de force, mais ne pas la faire tomber dans un certain nombre de simplismes d'interprétation. Il faut voir d'abord que tout l'univers appartient à Dieu et que par conséquent nous, qui connaissons ce visage de Dieu, avons véritablement à lui rendre ce qui est à Lui. En même temps, tout en respectant César en tant que César, c'est-à-dire une certaine manière d'exercer le pouvoir politique, nous respections César en tant que César, mais que, au besoin, nous sachions dire ce qui appartient à César et ce qui ne lui appartient pas.

 

AMEN